La foire lointaine

By Henri Vendel

Written 1945-01-01 - 1945-01-01

Une musique vient d'une foire lointaine.

Là-bas, sur des cochons, tournent de jeunes femmes,

et moi, déjà vieilli, je tourne avec mes peines

dans ce manège étroit qu'on appelle mon âme.

Ne sortirai-je, un jour, de ces pensées moroses ?

J'écoute; mort geôlière, un approche de pas,

cependant qu'au jardin se préparent les roses

et que des amants fols rêvent de leurs combats.

C'est la fête à la foule et c'est mon deuil encore.

Mon être, en vain, se tend vers les bourgeons d'avril :

dans ces murs il n'est plus de rayon qui me dore

et l'aurore elle-même apporte ses périls.

Seigneur, ai-je mangé toute ma part de joie ?

suis-je un arbre si vieux qu'il ne porte plus fruit ?

Une chose inutile et qu'entraîne son poids ?

Seigneur, m'emportez-vous à l'éternelle nuit ?