La Fontaine aux Cyprès

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

La Fontaine pleura longtemps dans la forêt.

O Mon âme, savais-je que tu pleurerais ?

Me voici revenu pourtant et c’est le soir ;

Nulle rose ne s’enguirlande aux cônes noirs

Des cyprès qui dans l’eau mirent leurs larmes d’ombre.

La Nymphe qui chassait à travers le bois sombre

Le Cerf aux cornes d’or guetté par le Satyre

Est revenue aussi à cette onde et s’étire,

Plus lasse, et le beau cerf blessé est revenu

Boire à la vasque où je me suis un inconnu

À moi-même et j’entends mes larmes en tes larmes,

Ô Fontaine, et le bois funeste où nous errâmes

Fut la Vie où courait mon Désir poursuivant,

Dans la ronce rougie à notre triple sang,

La Nymphe qui chassait le Cerf aux belles cornes ;

Et tes pleurs souriaient, Fontaine, à ces jeux mornes

Entre les cyprès noirs où n’étaient pas écloses

De guirlandes, hélas ! qui dédieraient leurs roses

À tes eaux où le sang, hélas ! s’est mélangé

De la Nymphe et du Cerf et du triste Étranger !