La Forêt coupée

By Auguste Lacaussade

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

La forêt est coupée. Adieu, nobles ramures,

Bois sacrés que la brise emplissait de murmures !

L'oiseau n'a plus son nid sous vos dômes touffus ;

Le fleuve dans ses eaux ne vous réfléchit plus.

Contre l'ardent soleil plus d'ombre hospitalière ;

L'herbe abonde où passa la hache meurtrière.

Vieux amis, leurs grands corps sont couchés à mes pieds !

Ce fut un arbre en fleur, ce tronc où je m'assieds !

Là-bas, sur la montagne aux retraites ombreuses,

Nos ramiers ont porté leurs plaintes langoureuses ;

Le joyeux merle a fui ; tout se tait : — nulle voix

Ne redit pour mon cœur la chanson d'autrefois.

Brises qui sur mon front jouiez avec la feuille,

Vert silence des bois où l'âme se recueille,

Abris mystérieux à mes rêves connus,

O mes premiers amis ! qu'êtes-vous devenus ?

Comme vous, bois sacrés, couché dans la poussière,

De l'herbe sur mon sein, sous ma tête une pierre,

Bientôt je dormirai ! — mais, plein des jours passés,

Qui me rendra les pleurs que sur vous j'ai versés ?

Qu'importe ! Hâtez-vous, fugitives années !

Hâtez-vous ! l'heure est vide et mes fleurs sont fanées.

Pourquoi, tombeau vivant, survivre à ses beaux jours ?

Mon cœur est le sépulcre où dorment mes amours.