La Fortune perdue

By Henri Beauclair

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Vénus ! qui me rendra ma grande renommée,

Ma chevelure d'or et ma taille d'almée ?

Mon hôtel et ma chambre éblouissante à voir,

Où, la nuit, s'allumaient des feux au fond de l'ombre,

Où, de ducs et de rois vint défiler un nombre

Que moi-même ne puis savoir ?

Qui me rendra mes grooms aux splendides livrées ?

Et mes laquais, couverts de pelisses fourrées,

Mes cochers, galonnés comme des généraux ?

Mes marmitons, sortis des fameuses cuisines,

Dont les bisques et les salmis de bécassines

Relevaient le courage abattu des héros ?

Tous ces vaillants, à l'œil de flamme, à l'âme forte,

Qui, chacun à son tour, avaient franchi ma porte,

Quoi ? je ne verrai plus en persillant au Bois

Leurs troupes, par le temps, hélas ! diminuées,

Derrière mon landau s'ébattre par nuées,

A l'épatement des bourgeois !

Les voilà tous partis, leurs cœurs brûlent pour d'autres.

Tous, pendant quarante ans, firent les bons apôtres,

Achetant par de l'or le droit de m'approcher !

Tous partis ! Les bijoux ont pris la même route,

Ma beauté, mes appas ! Hélas ! quelle déroute !

Vénus ! je n'ai plus même un lit où me coucher !

Vénus ! qui me rendra ma grande renommée ?

Ma chevelure d'or est blanche et clairsemée ;

Je n'ai plus de logis et suis sur le pavé !

Quoi ? soupirants, amants, des quatre coins du monde.

Leurs présents, leurs amours, ô misère profonde !

C'est comme si j'avais rêvé !

Ainsi parlait Cora le soir de sa défaite.

Elle n'était vraiment pas du tout à la fête,

Pearl et des pleurs perlaient dans ses yeux meurtriers. ( ? ?)

Rêveuse, elle songeait au retour de Cythère.

Près d'elle, son bidet du pied frappait la terre,

Un bidet maigre et nu, dépourvu d'étriers !