La france et la liberté

By Aimé Camp

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Anne, ne vois tu rien venir ?Anne, ne vois tu rien venir ?

O Liberté, mon espérance,

Que vois-tu du haut de la tour ?

Ne vois-tu rien venir ? — ô France,

Dans les cieux luit l’astre du jour.

Aux champs azurés se déploie

Sa splendeur comme un tissu d’or.

Tout est là haut lumière et joie…

je ne vois rien venir encor.

Regarde en bas, ô sœur divine ;

Que vois-tu du haut de la tour.

— Je ne vois que sang et ruine.

Tes enfants meurent tour à tour.

Le courage au nombre succombe.

Sur toi se déchaîne le sort.

O chers martyrs ! noble hécatombe !…

Je ne vois rien venir encor.

Liberté, regarde l’Europe ;

Que vois-tu du haut de la tour ?

— L’égoïsme étroit l’enveloppe ;

Elle est sourde à la loi d’amour.

Ton holocauste est inutile :

Dans l’indifférence elle dort.

O France, que le fer mutile,

Je ne vois rien venir encor.

Par de là l’océan regarde ;

Que vois-tu du haut de la tour ?

— Un peuple élu qui sous ma garde,

Grandit dans son vaste séjour.

Son drapeau, parsemé d’étoiles,

Secondera-t-il ton effort ?…

Le destin s’entoure de voiles…

Je ne vois rien venir encor.

Dans mes cités, sur mes rivages,

Que vois-tu du haut de la tour ?

—Partout des phalanges sauvages,

T’enserrent d’un ardent contour.

Seule avec ta gloire outragée,

Seule luttant contre la mort,

Tu te relèveras vengée…

Je ne vois rien venir encor.

O Liberté, fais sentinelle ;

Que vois-tu du haut de la tour ?

— De la concorde fraternelle,

Tes fils bénissent le retour.

L’honneur, le dévouement sublime,

Prennent un héroïque essor.

Bientôt se fermera l’abîme…

Je en vois rien venir encor.

Sœur aimée, ange tutélaire,

Que vois-tu du haut de la tour ?

— Un immense élan populaire,

Que règle le son du tambour.

Paris frémit dans son enceinte ;

Il se dresse vaillant et fort.

Elle vient la victoire sainte…

O France, tu vivras encor.

Dans l’avenir que Dieu déroule,

Que vois-tu du haut de la tour ?

— A mon souffle la Fraude écroule ;

Le Droit du globe fait le tour.

Fécondé par moi, ton génie

Des deux mondes scelle l’accord.

Salut, Paix, Travail, Harmonie !…

O France, tu vivras encor.