La France Libre

By André Chénier

Written 1790-01-01 - 1790-01-01

CHARRON, qui fut un prêtre et connut la sagesse

Montesquieu, ce mortel qu'eût adoré la Grèce,

Et que, dans ce palais qui devrait l'écouter

Un sot en écarlate a le front d'insulter ?…

Pour son roi, pour son père, il vient te reconnaître.

Si dans un rang obscur le destin t'eût fait naître,

Homme bon, vertueux, c'est toi, c'est encor toi

Que la France équitable aurait choisi pour roi.

O jour ! s'écrîront-ils, jour grand et précieux,

Jour sacré, le plus beau qu'aient fait luire les cieux,

Quand le roi citoyen, l'idole de la France,

Vit chaque citoyen de son empire immense

Lui jurer d'être libre et fidèle à la loi,

Fidèle à sa patrie et fidèle à son roi !

Roi, l'amour des Français, l'honneur du diadème !

Compagne de sa gloire et de son rang suprême,

Reine, couple chéri, contemplez vos bienfaits :

Par vous la liberté naît au sein de la paix !

Vous ne voulez de nœuds, entre vous et la France,

Que d'amour, de respect, de foi, de confiance !

Contemplez vos bienfaits, et qu'en un long oubli

Tout sujet de douleur demeure enseveli.

Toujours sur son berceau qu'anime un grand courage,

La liberté naissante élève quelque orage,

Et le peuple, agité dans ses fougueux efforts,

Souvent à quelque excès égare ses transports ;

Mais la concorde enfin, et l'ordre, et l'harmonie,

Amènent près de vous la France réunie ;

Et le calme et la paix sont préparés pour vous,

Dans le port que vos mains ont ouvert devant nous.