La france ne meurt pas !!

By Paul Defer

Written 1870-01-01 - 1870-01-01

Les verrons-nous enfin, ces Barbares du Nord,

Vils esclaves maudits d'un Roi plus vil encor ?

Les verrons-nous enfin ces conquérants sans gloire,

Qui dans le nombre seul ont trouvé la victoire ?

Potentat plein d'orgueil, ministre sans pudeur,

Guerriers dont le grand jour excite la frayeur,

Qui combattez la nuit, rampant dans les broussailles,

Ou le matin, blottis derrière vos murailles,

Montrez-vous au soleil ! face à face, un contre un !

Un contre un ? c'est trop peu, car nous avons chacun

Des frères à venger. Sortez de vos repaires ;

Affrontez le danger, despotes sanguinaires ;

LA POPULACE est prête, elle attend le combat !

Paris n'est pas encor le peuple qu'on abat

En lui criant famine ; il sait prendre les armes

Pour sauver son honneur, et s'il verse des larmes,

S'il pleure un fils aimé par la mort ennobli,

Qu'importe sa douleur, il n'est point affaibli.

Il a dans son histoire une page sublime

Qu'il n'a pas oubliée ; et si parfois l'abîme

Entr'ouvert à ses pieds doit l'engloutir bientôt,

Il ne cédera pas, il périra plutôt.

Alors, Prince insensé, dans la Ville aux cent portes,

Tu ferais chevaucher tes vaillantes cohortes ;

Tu foulerais aux pieds nos souvenirs pieux ;

Tu serais Maître et Roi, presque l'égal des dieux !

Cela ne sera pas, cela ne doit pas être !

Après Paris, vieillard, il te faudrait peut-être

Nos ports et nos cités ? La France entière encor,

Pour mettre un terme enfin à ton beau rêve d'or !

Aux ARMES, CITOYENS ! donnons tous notre vie,

Mais de ce joug sanglant délivrons la patrie ;

Frères, levons-nous tous, le moment a sonné.

Il faut vaincre, et montrer au vieux monde étonné

Qu'un Peuple libre est fort, et que ses destinées

Dépendent de lui-même, et non de vingt années

D'un règne avilissant. Sentons battre nos cœurs !

Sus aux soldats heureux qui parlent en vainqueurs !

Sus à ce roi débile, oublié de la Parque !

A ce grand chancelier, digne de son monarque !

A ces hommes sans honte, à ces princes sans foi,

Qui croient briser la France en nous dictant leur loi !

Ils semblent de nos faits n'avoir plus la mémoire :

LA FRANCE NE MEURT PAS ! qu'ils consultent l'histoire.

Ils y verront écrits, gravés par le burin,

Pour s'immortaliser sur des tables d'airain :

Dix siècles de grandeurs, de succès et de luttes ;

Ils verront un grand Peuple, écrasé dans ses chutes,

Se relever toujours et toujours triompher ;

Ils verront ce Paris, qu'ils voudraient posséder,

Résister aux Normands, les chasser et les vaincre.

Qu'ils lisent jusqu'au bout, s'ils veulent se convaincre ;

Ils souriront peut-être aux portraits de ces rois,

Despotes fainéants, qui nous donnaient des lois.

Plus tard n'avons-nous pas, sous un règne plus sage,

Affranchi la commune, aboli l'esclavage ?

N'avons-nous pas enfin brisé le joug puissant

Des princes féodaux qui pillaient le passant ?

Lisez, lisez toujours, ô fils de Germanie ;

Oui, vous verrez encor notre chère patrie,

Livrée aux factieux, subir l'invasion

Des cruels chevaliers de la fière Albion ;

Mais, le Seigneur veillait, une femme bénie

Se levait parmi nous, et, bienfaisant génie,

Chassait les étrangers par ses nobles élans !

Jeanne de Domrémy, Pucelle d'Orléans,

Martyre des Anglais, ton nom est à l'histoire !

Et l'histoire des faits sait garder la mémoire.

Le peuple avait souffert, était-il abattu ?

Non, il ne l'était pas, et sa mâle vertu

Toujours a triomphé ; toujours de grandes âmes

Ont surgi de son sein, hommes, vieillards ou femmes 1

Lisez, lisez toujours : quelques années après,

C'est une femme encor qui délivrait Beauvais.

Les hommes n'étaient plus !. Et ces nobles otages,

Au siège de Calais, qui, pour vaincre les rages

D’Édouard d'Angleterre, acceptaient seuls la mort,

C'était le peuple aussi ! Quel était le plus fort

Du peuple ou du tyran ?

Je ne saurais m'étendre.

Pour ne rien oublier, il faudrait entreprendre

L'histoire toute entière, et suivre pas à pas

Tous les siècles passés ; je ne le pourrais pas…

Écartons de nos yeux les grandeurs éphémères

De ces fils d'Henri Quatre, et les longues misères

Du peuple qui souffrait du froid et de la faim,

Et voyait semer l'or quand il manquait de pain.

J'ai hâte d'arriver aux grandes épopées

Qui pour vaincre le monde ont trouvé tant d'épées :

Avons-nous succombé ? rois, de vos droits épris,

Quand cette POPULACE, objet de vos mépris,

Se levait rugissante, implacable, acharnée,

Et disait à son tour à l'Europe étonnée :

Tremblez, tremblez, tyrans ! car il n'est plus de Roi,

Il n'y a plus qu'un Peuple, et ce Peuple, c'est moi !

Avons-nous succombé ? quand la Patrie entière,

Pour vous écraser tous, courait à la frontière ?

O races d'Allemagne ! ô vaincus d'Iéna !

Aux portes de Paris vous arriviez déjà,

Quand sonna le réveil de la France endormie ;

Quand nos jeunes héros, au valeureux génie,

En vous brisant, volaient à l'immortalité,

Guidés par ces deux mots : Patrie et Liberté !

Ils étaient nos aïeux ! eh bien ! dites encore

Que la France a vécu : elle est à son aurore !

LA POPULACE attend ; saluez-la bien bas.

Avec elle, Germains, LA FRANCE NE MEURT PAS !!!

Amis, encore un mot : on parle de traités,

D'armistice, de paix ; sommes-nous consultés ?

Devons-nous accepter cette honte nouvelle ?

Briser la Liberté sans combattre pour elle !

Briser la Liberté serait là notre sort ?

Mais la paix, aujourd'hui c'est pire que la mort.

Quoi ! ce roi conquérant nous ferait ses esclaves,

Et nous mettrait aux pieds des fers et des entraves ?

Nous ne serions plus rien, rien qu'un peuple abaissé,

Indigne du grand nom qu'on nous avait laissé ?

O mon pauvre Pays ! ô chère République !

A ces ambitieux donne donc la réplique ;

Dis-leur que le bon droit triomphe pas à pas ;

Qu'un Français doit mourir, qu'il ne s'avilit pas !