La gaudriole

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Momus a pris pour adjoints

Des rimeurs d'école :

Des chansons en quatre points

Le froid nous désole.

Mirliton s'en est allé.

Ah ! La muse de Collé,

C'est la gaudriole,

Ô gué,

C'est la gaudriole.

Moi, des sujets polissons

Le ton m'affriole.

Minerve dans mes chansons

Fait la cabriole.

De ma grand'mère, après tout,

Tartufes, je tiens le goût

De la gaudriole,

Ô gué,

De la gaudriole.

Elle amusait à dix ans

Son maître d'école.

Des cordeliers gros plaisants

Elle fut l'idole.

Au prêtre qui l'exhortait,

En mourant elle contait

Une gaudriole,

Ô gué,

Une gaudriole.

C'était la régence alors ;

Et, sans hyperbole,

Grâce aux plus drôles de corps,

La France était folle.

Tous les hommes plaisantaient,

Et les femmes se prêtaient

À la gaudriole,

Ô gué,

À la gaudriole.

On ne rit guère aujourd'hui.

Est-on moins frivole ?

Trop de gloire nous a nui ;

Le plaisir s'envole.

Mais au français attristé

Qui peut rendre la gaîté ?

C'est la gaudriole,

Ô gué,

C'est la gaudriole.

Prudes, qui ne criez plus

Lorsqu'on vous viole,

Pourquoi prendre un air confus

À chaque parole ?

Passez les mots aux rieurs :

Les plus gros sont les meilleurs

Pour la gaudriole,

Ô gué,

Pour la gaudriole.