La glycine

By Edmond Rostand

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

A mon balcon cette glycine

Tord ses bras fleuris dans le soir,

Avec le tendre désespoir

D'une princesse de Racine.

Elle en a la fière langueur

Et la mortelle nonchalance ;

Et lorsqu'un souffle la balance,

Et que le jour traîne en longueur,

Et tarde à partir, et recule

Le déchirement tant qu'il peut,

Elle exhale une âme d'adieu,

Bérénice du crépuscule !

Le livre glisse de mes mains.

Le petit drame se termine.

« Cruel ! » dit au jour la glycine.

Les cieux blessés ont des carmins.

Par la haute porte-fenêtre,

Mystérieusement, alors,

Une des branches du dehors,

Comme un geste vivant, pénètre.

Du frémissant encadrement

Ce bras jeune et souple s'échappe ;

Et je sens sur mon front la grappe

Qu'il laisse pendre tendrement !

Tout s'embaume. Et je remercie.

Et pour lui dire mon amour,

Je donne à la fleur, tour à tour,

Le nom d'Esther et d'Aricie.

Et je compare, les yeux sur

Mon livre tombé sans secousse,

L'odeur plus forte d'être douce

An vers plus ardent d'être pur !

Un divin poison m'assassine !

Et je doute, en le chérissant,

Si de ma glycine il descend

Ou s'il monte de mon Racine !