La grandeur de jésus

By Louis-Lucien Vermeil

Written 1870-01-01 - 1870-01-01

Comparez à ce nom tous les noms de la terre,

Tous les titres pompeux de notre vanité ;

Qu'ils sont petits ces noms d'un éclat éphémère,

Seul il est grand le Fils de l'immortalité !

Noms fameux des héros que célèbre l'histoire,

Comme vous pâlissez auprès de ce doux nom !

Jésus grandit encore et va de gloire en gloire ;

Mais vous disparaissez, comme votre renom !

Monarques, conquérants, puissants hommes de guerre,

Vous qui fîtes trembler maintes fois l'univers,

Vous qui traciez vos noms sur le bronze ou la pierre,

A peine on se souvient même de vos revers !

Vos noms sont effacés, vos grandeurs abattues,

Alexandre ou César, votre règne n'est rien !

Le temps a tout détruit, vos palais, Vos statues,

Vos cités ne sont plus, comme au sol assyrien !

Il faut fouiller longtemps pour trouver Babylone,

Ou Ninive, ou Carthage, ou les vieilles cités ;

En vain fouillerait-on pour retrouver un trône,

Car ils sont vermoulus avant d'être quittés !

Bien fragile est, hélas ! la splendeur d'un empire !

Que de sceptres brisés ! — Leur prestige est détruit !

Un craquement lugubre… et ta puissance expire,

O monarque orgueilleux qui faisais tant de bruit !

Nous en sommes témoins : un empire s'écroule,

Et le peuple applaudit, il voit tomber ses fers !

Le trône est emporté sur la vague qui roule…

C'est l'Océan humain. Que ces flots sont amers !

Ses flots en écumant rejaillissent sur Rome !

Au milieu des débris de l'antique cité,

Là se trouve un vieillard, un grand pontife, un homme,

Qui veut passer pour Dieu. Quelle caducité !

Devant ce flot vengeur qui mugit et qui monte,

Tremblez, tremblez, tyrans ; — car votre tour viendra.

Les peuples en courroux voudront noyer leur honte…

Bientôt la Liberté partout triomphera !

Mais il est, je le sais, un trône de Justice ;

Il est une grandeur qui ne doit point passer,

C'est ton trône, ô Jésus ! celui du sacrifice ;

Ta croix, divin Sauveur, ne saurait s'effacer !

La charité du Christ ! mais elle est éternelle ;

C'est là sa gloire à lui que rien ne peut ternir.

Sur cette croix maudite, ô que sa mort est belle !

Aussi son pur triomphe est bien loin de finir.

Tu règnes, ô Jésus ! comme un roi débonnaire,

Tu règnes sans verser le sang de tes sujets.

Le sang que tu versas, c'est le tien sur la terre,

Le tien pour nous sauver ; ne l'oublions jamais !

Tu règnes dans le ciel, d'où tu vois à cette heure,

Ce monde tout couvert de carnage et de sang !

Tu règnes, ô Seigneur ! — Du lieu de ta demeure,

Accorde-nous ta grâce et ton secours puissant !

La paix, divin Jésus ! la paix entre les frères,

Oui, la paix entre ceux qui t'appellent Sauveur !

O, peuples, calmez-vous, regagnez vos frontières ;

Il est une autre loi que la loi du Vainqueur ;

C'est la Loi de Jésus, la Loi de l’Évangile,

Loi qui vaut beaucoup mieux que la loi du plus fort !

Rebelle à cette Loi, colosse aux pieds d'argile,

Le vainqueur disparaît sous un souffle de mort !

O Prince de la Paix ! humble roi débonnaire,

Attire-nous à toi par des liens d'amour.

Apaise du guerrier la fureur sanguinaire ;

Que ton règne ici-bas grandisse, dès ce jour !