La jeunesse

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1932-01-01 - 1932-01-01

La jeunesse au beau cou gonflé

De sève rose,

Je la regarde, cette rose,

Et j'assiste à son jubilé.

Je ne regrette pas son âge

Que je n'ai plus.

Je me souviens de trop d'orage

Quand j'étais parmi ses élus.

D'où je suis je la vois tragique,

Vouée au feu,

Elle veut tant, sachant si peu,

Va si droit dans un monde oblique !

L'âge mûr, terrestre au-delà,

Future tare,

Elle ne prévoit pas cela,

Ne sait pas ce qui se prépare.

Elle court comme un homme saoûl,

Pleure, rit, aime.

Elle attend le Pactole même

Et n'en aura que pour un sou.

O pauvre jeunesse naïve,

O passion,

Additionne ! L'Heure arrive

De la morne soustraction.

Vingt, vingt-cinq, ou trente ans… On joue

A la douleur.

Après on vit. — Donne ta joue

Que je l'embrasse dans sa fleur.