La lampe du temple

By Alphonse Lamartine

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Pâle lampe du sanctuaire,

Pourquoi, dans l'ombre du saint lieu

Inaperçue et solitaire,

Te consumes-tu devant Dieu ?

Ce n'est pas pour diriger l'aile

De la prière ou de l'amour.

Pour éclairer, faible étincelle.

L'œil de celui qui fit le jour.

Ce n'est pas pour écarter l'ombre

Des pas de ses adorateurs ;

La vaste nef n'est que plus sombre

Devant les lointaines lueurs.

Ce n'est pas pour lui faire hommage

Des feux qui sous ses pas ont lui ;

Les cieux lui rendent témoignage,

Les soleils brûlent devant lui.

Et pourtant, lampes symboliques,

Vous gardez vos feux immortels,

Et la brise des basiliques

Vous berce sur tous les autels.

Et mon œil aime à se suspendre

A ce foyer aérien,

Et je leur dis sans les comprendre ;

Flambeaux pieux, vous faites bien.

Peut-être, brillantes parcelles

De l'immense création,

Devant son trône imitent-elles

L'éternelle adoration.

Et c'est ainsi, dis-je à mon âme,

Que de l'ombre de ce bas lieu,

Tu brûles, invisible flamme,

En la présence de ton Dieu.

Et jamais, jamais tu n'oublies

De diriger vers lui mon cœur.

Pas plus que ces lampes remplies.

De flotter devant le Seigneur.

Quel que soit le vent, lu regardes

Ce pôle, objet de tous tes vœux,

Et, comme un nuage, tu gardes

Toujours ton côté lumineux.

Dans la nuit du monde sensible

Je sens avec sérénité

Qu'il est un point inaccessible

A la terrestre obscurité ;

Une lueur sur la colline,

Qui veillera toute la nuit,

Une étoile qui s'illumine

Au seul astre qui toujours luit ;

Un feu qui dans l'urne demeure

Sans s'éteindre et se consumer.

Où l'on peut jeter à toute heure

Un grain d'encens pour l'allumer.

Et quand sous l'œil qui te contemple,

O mon âme, tu t'éteindras,

Sur le pavé fumant du temple,

Son pied ne te foulera pas.

Mais vivante, au foyer suprême,

Au disque du jour sans sommeil,

Il te réunira lui-même

Comme un rayon à son soleil.

Et tu luiras de sa lumière,

De la lumière de celui

Dont les astres sont la poussière

Qui monte et tombe devant lui.