La langueur des voyages

By Anna Noailles

Written 1913-01-01 - 1913-01-01

Le matinal plaisir du soleil dans l'herbage,

Dessinant des ruisseaux d'intangible cristal ;

Les cieux d'été, plus chauds qu'un sensuel visage

Opprimé de désir, altéré d'idéal ;

Le hameau romantique au creux d'un roc stérile ;

Des jardins de dattiers, épais ainsi qu'un toit ;

L'arrivée, au matin, dans d'étrangères villes,

Où, soudain, l'on se sent libéré comme une île

Que bat de tout côté un flot distrait et coi ;

Le bitumeux parfum d'une rade en Hollande,

Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirs

Que la noble denrée exotique achalande ;

Enfin, surtout, l'odeur et la couleur des soirs,

Ont, pour le voyageur que le désir oppresse

Et que guide un mystique et rêveur désespoir,

L'insistante langueur qui prélude aux caresses…