La maison des morts

By Guillaume Apollinaire

Written 1913-01-01 - 1913-01-01

S'étendant sur les côtés du cimetière

La maison des morts l'encadrait comme un cloître

A l'intérieur de ses vitrines

Pareilles à celles des boutiques de modes

Au lieu de sourire debout

Les mannequins grimaçaient pour l'éternité

Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours

J'étais entré pour la première fois et par hasard

Dans ce cimetière presque désert

Et je claquais des dents

Devant toute cette bourgeoisie

Exposée et vêtue le mieux possible

En attendant la sépulture

Soudain

Rapide comme ma mémoire

Les yeux ses rallumèrent

De cellule vitrée en cellule vitrée

Le ciel se peupla d'une apocalypse

Vivace

Et la terra plate à l'infini

Comme avant Galilée

Se couvrit de mille mythologies immobiles

Un ange en diamant brisa toutes les vitrines

Et les morts m'accostèrent

Avec des mines de l'autre monde

Mais leur visage et leurs attitudes

Devinrent bientôt moins funèbres

Le ciel et la terre perdirent

Leur aspect fantasmagorique

Les morts se réjouissaient

De voir leurs corps trépassés entre eux et la lumière

Ils riaient de voir leur ombre et l'observaient

Comme si véritablement

C'eût été leur vie passée

Alors je les dénombrai

Ils étaient quarante-neuf hommes

Femmes et enfants

Qui embellissaient à vue d'œil

Et me regardaient maintenant

Avec tant de cordialité

Tant de tendresse même

Que les prenant en amitié

Tout à coup

Je les invitai à une promenade

Loin des arcades de leur maison

Et tous bras dessus bras dessous

Fredonnant des airs militaires

Oui tous vos péchés sont absous

Nous quittâmes le cimetière

Nous traversâmes la ville

Et rencontrions souvent

Des parents des amis qui se joignaient

A la petite troupe des morts récents

Tous étaient si gais

Si charmants si bien portants

Que bien malin qui aurait pu

Distinguer les morts des vivants

Puis dans la campagne

On s'éparpilla

Deux chevau-légers nous joignirent

On leur fit fête

Ils coupèrent du bois de viorne

Et de sureau

Dont ils firent des sifflets

Qu'ils distribuèrent aux enfants

Plus tard dans un bal champêtre

Les couples mains sur les épaules

Dansèrent au son aigre des cithares

Ils n'avaient pas oublié la danse

Ces morts et ces mortes

On buvait aussi

Et de temps à autre une cloche

Annonçait qu'un autre tonneau

Allait être mis en perce

Une morte assise sur un banc

Près d'un buisson d'épine-vinette

Laissait un étudiant

Agenouillé à ses pieds

Lui parler de fiançailles

Je vous attendrai

Dix ans vingt ans s'il le faut

Votre volonté sera la mienne

Je vous attendrai

Toute votre vie

Répondait la morte

Des enfants

De ce monde ou bien de l'autre

Chantaient de ces rondes

Aux paroles absurdes et lyriques

Qui sans doute sont les restes

Des plus anciens monuments poétiques

De l'humanité

L'étudiant passa une bague

A l'annulaire de la jeune morte

Voici le gage de mon amour

De nos fiançailles

Ni le temps ni l'absence

Ne nous feront oublier nos promesses

Et un jour nous auront une belle noce

Des touffes de myrte

A nos vêtements et dans vos cheveux

Un beau sermon à l'église

De longs discours après le banquet

Et de la musique

De la musique

Nos enfants

Dit la fiancée

Seront plus beaux plus beaux encore

Hélas! la bague était brisée

Que s'ils étaient d'argent ou d'or

D'émeraude ou de diamant

Seront plus clairs plus clairs encore

Que les astres du firmament

Que la lumière de l'aurore

Que vos regards mon fiancé

Auront meilleure odeur encore

Hélas! la bague était brisée

Que le lilas qui vient d'éclore

Que le thym la rose ou qu'un brin

De lavande ou de romarin

Les musiciens s'en étant allés

Nous continuâmes la promenade

Au bord d'un lac

On s'amusa à faire des ricochets

Avec des cailloux plats

Sur l'eau qui dansait à peine

Des barques étaient amarrées

Dans un havre

On les détacha

Après que toute la troupe se fut embarquée

Et quelques morts ramaient

Avec autant de vigueur que les vivants

A l'avant du bateau que je gouvernais

Un mort parlait avec une jeune femme

Vêtue d'une robe jaune

D'un corsage noir

Avec des rubans bleus et d'un chapeau gris

Orné d'une seule petite plume défrisée

Je vous aime

Disait-il

Comme le pigeon aime la colombe

Comme l'insecte nocturne

Aime la lumière

Trop tard

Répondait la vivante

Repoussez repoussez cet amour défendu

Je suis mariée

Voyez l'anneau qui brille

Mes mains tremblent

Je pleure et je voudrais mourir

Les barques étaient arrivées

A un endroit où les chevau-légers

Savaient qu'un écho répondait de la rive

On ne se lassait point de l'interroger

Il y eut des questions si extravagantes

Et des réponses tellement pleines d'à-propos

Que c'était à mourir de rire

Et le mort disait à la vivante

Nous serions si heureux ensemble

Sur nous l'eau se refermera

Mais vous pleurez et vos mains tremblent

Aucun de nous ne reviendra

On reprit terre et ce fut le retour

Les amoureux s'entr'aimaient

Et par couples aux belles bouches

Marchaient à distances inégales

Les morts avaient choisi les vivantes

Et les vivants

Des mortes

Un genévrier parfois

Faisait l'effet d'un fantôme

Les enfants déchiraient l'air

En soufflant les joues creuses

Dans leurs sifflets de viorne

Ou de sureau

Tandis que les militaires

Chantaient des tyroliennes

En se répondant comme on le fait

Dans la montagne

Dans la ville

Notre troupe diminua peu à peu

On se disait

Au revoir

A demain

A bientôt

Bientôt entraient dans les brasseries

Quelques-uns nous quittèrent

Devant une boucherie canine

Pour y acheter leur repas du soir

Bientôt je restai seul avec ces morts

Qui s'en allaient tout droit

Au cimetière

Sous les Arcades

Je les reconnus

Couchés

Immobiles

Et bien vêtus

Attendant la sépulture derrière les vitrines

Ils ne se doutaient pas

De ce qui s'était passé

Mais les vivants en gardaient le souvenir

C'était un bonheur inespéré

Et si certain

Qu'ils ne craignaient point de le perdre

Ils vivaient si noblement

Que ceux qui la veille encore

Les regardaient comme leurs égaux

Ou même quelque chose de moins

Admiraient maintenant

Leur puissance leur richesse et leur génie

Car y a-t-il rien qui vous élève

Comme d'avoir aimé un mort ou une morte

On devient si pur qu'on en arrive

Dans les glaciers de la mémoire

A se confondre avec le souvenir

On est fortifié pour la vie

Et l'on n'a plus besoin de personne

S'étendant sur les côtés du cimetièreS'étendant sur les côtés du cimetière

La maison des morts l'encadrait comme un cloîtreLa maison des morts l'encadrait comme un cloître

A l'intérieur de ses vitrinesA l'intérieur de ses vitrines

Pareilles à celles des boutiques de modesPareilles à celles des boutiques de modes

Au lieu de sourire deboutAu lieu de sourire debout

Les mannequins grimaçaient pour l'éternitéLes mannequins grimaçaient pour l'éternité

Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt joursArrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours

J'étais entré pour la première fois et par hasardJ'étais entré pour la première fois et par hasard

Dans ce cimetière presque désertDans ce cimetière presque désert

Et je claquais des dentsEt je claquais des dents

Devant toute cette bourgeoisieDevant toute cette bourgeoisie

Exposée et vêtue le mieux possibleExposée et vêtue le mieux possible

En attendant la sépultureEn attendant la sépulture

SoudainSoudain

Rapide comme ma mémoireRapide comme ma mémoire

Les yeux ses rallumèrentLes yeux ses rallumèrent

De cellule vitrée en cellule vitréeDe cellule vitrée en cellule vitrée

Le ciel se peupla d'une apocalypseLe ciel se peupla d'une apocalypse

VivaceVivace

Et la terra plate à l'infiniEt la terra plate à l'infini

Comme avant GaliléeComme avant Galilée

Se couvrit de mille mythologies immobilesSe couvrit de mille mythologies immobiles

Un ange en diamant brisa toutes les vitrinesUn ange en diamant brisa toutes les vitrines

Et les morts m'accostèrentEt les morts m'accostèrent

Avec des mines de l'autre mondeAvec des mines de l'autre monde

Mais leur visage et leurs attitudesMais leur visage et leurs attitudes

Devinrent bientôt moins funèbresDevinrent bientôt moins funèbres

Le ciel et la terre perdirentLe ciel et la terre perdirent

Leur aspect fantasmagoriqueLeur aspect fantasmagorique

Les morts se réjouissaientLes morts se réjouissaient

De voir leurs corps trépassés entre eux et la lumièreDe voir leurs corps trépassés entre eux et la lumière

Ils riaient de voir leur ombre et l'observaientIls riaient de voir leur ombre et l'observaient

Comme si véritablementComme si véritablement

C'eût été leur vie passéeC'eût été leur vie passée

Alors je les dénombraiAlors je les dénombrai

Ils étaient quarante-neuf hommesIls étaient quarante-neuf hommes

Femmes et enfantsFemmes et enfants

Qui embellissaient à vue d'œilQui embellissaient à vue d'œil

Et me regardaient maintenantEt me regardaient maintenant

Avec tant de cordialitéAvec tant de cordialité

Tant de tendresse mêmeTant de tendresse même

Que les prenant en amitiéQue les prenant en amitié

Tout à coupTout à coup

Je les invitai à une promenadeJe les invitai à une promenade

Loin des arcades de leur maisonLoin des arcades de leur maison

Et tous bras dessus bras dessousEt tous bras dessus bras dessous

Fredonnant des airs militairesFredonnant des airs militaires

Oui tous vos péchés sont absousOui tous vos péchés sont absous

Nous quittâmes le cimetièreNous quittâmes le cimetière

Nous traversâmes la villeNous traversâmes la ville

Et rencontrions souventEt rencontrions souvent

Des parents des amis qui se joignaientDes parents des amis qui se joignaient

A la petite troupe des morts récentsA la petite troupe des morts récents

Tous étaient si gaisTous étaient si gais

Si charmants si bien portantsSi charmants si bien portants

Que bien malin qui aurait puQue bien malin qui aurait pu

Distinguer les morts des vivantsDistinguer les morts des vivants

Puis dans la campagnePuis dans la campagne

On s'éparpillaOn s'éparpilla

Deux chevau-légers nous joignirentDeux chevau-légers nous joignirent

On leur fit fêteOn leur fit fête

Ils coupèrent du bois de viorneIls coupèrent du bois de viorne

Et de sureauEt de sureau

Dont ils firent des siffletsDont ils firent des sifflets

Qu'ils distribuèrent aux enfantsQu'ils distribuèrent aux enfants

Plus tard dans un bal champêtrePlus tard dans un bal champêtre

Les couples mains sur les épaulesLes couples mains sur les épaules

Dansèrent au son aigre des citharesDansèrent au son aigre des cithares

Ils n'avaient pas oublié la danseIls n'avaient pas oublié la danse

Ces morts et ces mortesCes morts et ces mortes

On buvait aussiOn buvait aussi

Et de temps à autre une clocheEt de temps à autre une cloche

Annonçait qu'un autre tonneauAnnonçait qu'un autre tonneau

Allait être mis en perceAllait être mis en perce

Une morte assise sur un bancUne morte assise sur un banc

Près d'un buisson d'épine-vinettePrès d'un buisson d'épine-vinette

Laissait un étudiantLaissait un étudiant

Agenouillé à ses piedsAgenouillé à ses pieds

Lui parler de fiançaillesLui parler de fiançailles

Je vous attendraiJe vous attendrai

Dix ans vingt ans s'il le fautDix ans vingt ans s'il le faut

Votre volonté sera la mienneVotre volonté sera la mienne

Je vous attendraiJe vous attendrai

Toute votre vieToute votre vie

Répondait la morteRépondait la morte

Des enfantsDes enfants

De ce monde ou bien de l'autreDe ce monde ou bien de l'autre

Chantaient de ces rondesChantaient de ces rondes

Aux paroles absurdes et lyriquesAux paroles absurdes et lyriques

Qui sans doute sont les restesQui sans doute sont les restes

Des plus anciens monuments poétiquesDes plus anciens monuments poétiques

De l'humanitéDe l'humanité

L'étudiant passa une bagueL'étudiant passa une bague

A l'annulaire de la jeune morteA l'annulaire de la jeune morte

Voici le gage de mon amourVoici le gage de mon amour

De nos fiançaillesDe nos fiançailles

Ni le temps ni l'absenceNi le temps ni l'absence

Ne nous feront oublier nos promessesNe nous feront oublier nos promesses

Et un jour nous auront une belle noceEt un jour nous auront une belle noce

Des touffes de myrteDes touffes de myrte

A nos vêtements et dans vos cheveuxA nos vêtements et dans vos cheveux

Un beau sermon à l'égliseUn beau sermon à l'église

De longs discours après le banquetDe longs discours après le banquet

Et de la musiqueEt de la musique

De la musiqueDe la musique

Nos enfantsNos enfants

Dit la fiancéeDit la fiancée

Seront plus beaux plus beaux encoreSeront plus beaux plus beaux encore

Hélas! la bague était briséeHélas! la bague était brisée

Que s'ils étaient d'argent ou d'orQue s'ils étaient d'argent ou d'or

D'émeraude ou de diamantD'émeraude ou de diamant

Seront plus clairs plus clairs encoreSeront plus clairs plus clairs encore

Que les astres du firmamentQue les astres du firmament

Que la lumière de l'auroreQue la lumière de l'aurore

Que vos regards mon fiancéQue vos regards mon fiancé

Auront meilleure odeur encoreAuront meilleure odeur encore

Hélas! la bague était briséeHélas! la bague était brisée

Que le lilas qui vient d'écloreQue le lilas qui vient d'éclore

Que le thym la rose ou qu'un brinQue le thym la rose ou qu'un brin

De lavande ou de romarinDe lavande ou de romarin

Les musiciens s'en étant allésLes musiciens s'en étant allés

Nous continuâmes la promenadeNous continuâmes la promenade

Au bord d'un lacAu bord d'un lac

On s'amusa à faire des ricochetsOn s'amusa à faire des ricochets

Avec des cailloux platsAvec des cailloux plats

Sur l'eau qui dansait à peineSur l'eau qui dansait à peine

Des barques étaient amarréesDes barques étaient amarrées

Dans un havreDans un havre

On les détachaOn les détacha

Après que toute la troupe se fut embarquéeAprès que toute la troupe se fut embarquée

Et quelques morts ramaientEt quelques morts ramaient

Avec autant de vigueur que les vivantsAvec autant de vigueur que les vivants

A l'avant du bateau que je gouvernaisA l'avant du bateau que je gouvernais

Un mort parlait avec une jeune femmeUn mort parlait avec une jeune femme

Vêtue d'une robe jauneVêtue d'une robe jaune

D'un corsage noirD'un corsage noir

Avec des rubans bleus et d'un chapeau grisAvec des rubans bleus et d'un chapeau gris

Orné d'une seule petite plume défriséeOrné d'une seule petite plume défrisée

Je vous aimeJe vous aime

Disait-ilDisait-il

Comme le pigeon aime la colombeComme le pigeon aime la colombe

Comme l'insecte nocturneComme l'insecte nocturne

Aime la lumièreAime la lumière

Trop tardTrop tard

Répondait la vivanteRépondait la vivante

Repoussez repoussez cet amour défenduRepoussez repoussez cet amour défendu

Je suis mariéeJe suis mariée

Voyez l'anneau qui brilleVoyez l'anneau qui brille

Mes mains tremblentMes mains tremblent

Je pleure et je voudrais mourirJe pleure et je voudrais mourir

Les barques étaient arrivéesLes barques étaient arrivées

A un endroit où les chevau-légersA un endroit où les chevau-légers

Savaient qu'un écho répondait de la riveSavaient qu'un écho répondait de la rive

On ne se lassait point de l'interrogerOn ne se lassait point de l'interroger

Il y eut des questions si extravagantesIl y eut des questions si extravagantes

Et des réponses tellement pleines d'à-proposEt des réponses tellement pleines d'à-propos

Que c'était à mourir de rireQue c'était à mourir de rire

Et le mort disait à la vivanteEt le mort disait à la vivante

Nous serions si heureux ensembleNous serions si heureux ensemble

Sur nous l'eau se refermeraSur nous l'eau se refermera

Mais vous pleurez et vos mains tremblentMais vous pleurez et vos mains tremblent

Aucun de nous ne reviendraAucun de nous ne reviendra

On reprit terre et ce fut le retourOn reprit terre et ce fut le retour

Les amoureux s'entr'aimaientLes amoureux s'entr'aimaient

Et par couples aux belles bouchesEt par couples aux belles bouches

Marchaient à distances inégalesMarchaient à distances inégales

Les morts avaient choisi les vivantesLes morts avaient choisi les vivantes

Et les vivantsEt les vivants

Des mortesDes mortes

Un genévrier parfoisUn genévrier parfois

Faisait l'effet d'un fantômeFaisait l'effet d'un fantôme

Les enfants déchiraient l'airLes enfants déchiraient l'air

En soufflant les joues creusesEn soufflant les joues creuses

Dans leurs sifflets de viorneDans leurs sifflets de viorne

Ou de sureauOu de sureau

Tandis que les militairesTandis que les militaires

Chantaient des tyroliennesChantaient des tyroliennes

En se répondant comme on le faitEn se répondant comme on le fait

Dans la montagneDans la montagne

Dans la villeDans la ville

Notre troupe diminua peu à peuNotre troupe diminua peu à peu

On se disaitOn se disait

Au revoirAu revoir

A demainA demain

A bientôtA bientôt

Bientôt entraient dans les brasseriesBientôt entraient dans les brasseries

Quelques-uns nous quittèrentQuelques-uns nous quittèrent

Devant une boucherie canineDevant une boucherie canine

Pour y acheter leur repas du soirPour y acheter leur repas du soir

Bientôt je restai seul avec ces mortsBientôt je restai seul avec ces morts

Qui s'en allaient tout droitQui s'en allaient tout droit

Au cimetièreAu cimetière

OùOù

Sous les ArcadesSous les Arcades

Je les reconnusJe les reconnus

CouchésCouchés

ImmobilesImmobiles

Et bien vêtusEt bien vêtus

Attendant la sépulture derrière les vitrinesAttendant la sépulture derrière les vitrines

Ils ne se doutaient pasIls ne se doutaient pas

De ce qui s'était passéDe ce qui s'était passé

Mais les vivants en gardaient le souvenirMais les vivants en gardaient le souvenir

C'était un bonheur inespéréC'était un bonheur inespéré

Et si certainEt si certain

Qu'ils ne craignaient point de le perdreQu'ils ne craignaient point de le perdre

Ils vivaient si noblementIls vivaient si noblement

Que ceux qui la veille encoreQue ceux qui la veille encore

Les regardaient comme leurs égauxLes regardaient comme leurs égaux

Ou même quelque chose de moinsOu même quelque chose de moins

Admiraient maintenantAdmiraient maintenant

Leur puissance leur richesse et leur génieLeur puissance leur richesse et leur génie

Car y a-t-il rien qui vous élèveCar y a-t-il rien qui vous élève

Comme d'avoir aimé un mort ou une morteComme d'avoir aimé un mort ou une morte

On devient si pur qu'on en arriveOn devient si pur qu'on en arrive

Dans les glaciers de la mémoireDans les glaciers de la mémoire

A se confondre avec le souvenirA se confondre avec le souvenir

On est fortifié pour la vieOn est fortifié pour la vie

Et l'on n'a plus besoin de personneEt l'on n'a plus besoin de personne