La maison des morts
Written 1913-01-01 - 1913-01-01
S'étendant sur les côtés du cimetière
La maison des morts l'encadrait comme un cloître
A l'intérieur de ses vitrines
Pareilles à celles des boutiques de modes
Au lieu de sourire debout
Les mannequins grimaçaient pour l'éternité
Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours
J'étais entré pour la première fois et par hasard
Dans ce cimetière presque désert
Et je claquais des dents
Devant toute cette bourgeoisie
Exposée et vêtue le mieux possible
En attendant la sépulture
Soudain
Rapide comme ma mémoire
Les yeux ses rallumèrent
De cellule vitrée en cellule vitrée
Le ciel se peupla d'une apocalypse
Vivace
Et la terra plate à l'infini
Comme avant Galilée
Se couvrit de mille mythologies immobiles
Un ange en diamant brisa toutes les vitrines
Et les morts m'accostèrent
Avec des mines de l'autre monde
Mais leur visage et leurs attitudes
Devinrent bientôt moins funèbres
Le ciel et la terre perdirent
Leur aspect fantasmagorique
Les morts se réjouissaient
De voir leurs corps trépassés entre eux et la lumière
Ils riaient de voir leur ombre et l'observaient
Comme si véritablement
C'eût été leur vie passée
Alors je les dénombrai
Ils étaient quarante-neuf hommes
Femmes et enfants
Qui embellissaient à vue d'œil
Et me regardaient maintenant
Avec tant de cordialité
Tant de tendresse même
Que les prenant en amitié
Tout à coup
Je les invitai à une promenade
Loin des arcades de leur maison
Et tous bras dessus bras dessous
Fredonnant des airs militaires
Oui tous vos péchés sont absous
Nous quittâmes le cimetière
Nous traversâmes la ville
Et rencontrions souvent
Des parents des amis qui se joignaient
A la petite troupe des morts récents
Tous étaient si gais
Si charmants si bien portants
Que bien malin qui aurait pu
Distinguer les morts des vivants
Puis dans la campagne
On s'éparpilla
Deux chevau-légers nous joignirent
On leur fit fête
Ils coupèrent du bois de viorne
Et de sureau
Dont ils firent des sifflets
Qu'ils distribuèrent aux enfants
Plus tard dans un bal champêtre
Les couples mains sur les épaules
Dansèrent au son aigre des cithares
Ils n'avaient pas oublié la danse
Ces morts et ces mortes
On buvait aussi
Et de temps à autre une cloche
Annonçait qu'un autre tonneau
Allait être mis en perce
Une morte assise sur un banc
Près d'un buisson d'épine-vinette
Laissait un étudiant
Agenouillé à ses pieds
Lui parler de fiançailles
Je vous attendrai
Dix ans vingt ans s'il le faut
Votre volonté sera la mienne
Je vous attendrai
Toute votre vie
Répondait la morte
Des enfants
De ce monde ou bien de l'autre
Chantaient de ces rondes
Aux paroles absurdes et lyriques
Qui sans doute sont les restes
Des plus anciens monuments poétiques
De l'humanité
L'étudiant passa une bague
A l'annulaire de la jeune morte
Voici le gage de mon amour
De nos fiançailles
Ni le temps ni l'absence
Ne nous feront oublier nos promesses
Et un jour nous auront une belle noce
Des touffes de myrte
A nos vêtements et dans vos cheveux
Un beau sermon à l'église
De longs discours après le banquet
Et de la musique
De la musique
Nos enfants
Dit la fiancée
Seront plus beaux plus beaux encore
Hélas! la bague était brisée
Que s'ils étaient d'argent ou d'or
D'émeraude ou de diamant
Seront plus clairs plus clairs encore
Que les astres du firmament
Que la lumière de l'aurore
Que vos regards mon fiancé
Auront meilleure odeur encore
Hélas! la bague était brisée
Que le lilas qui vient d'éclore
Que le thym la rose ou qu'un brin
De lavande ou de romarin
Les musiciens s'en étant allés
Nous continuâmes la promenade
Au bord d'un lac
On s'amusa à faire des ricochets
Avec des cailloux plats
Sur l'eau qui dansait à peine
Des barques étaient amarrées
Dans un havre
On les détacha
Après que toute la troupe se fut embarquée
Et quelques morts ramaient
Avec autant de vigueur que les vivants
A l'avant du bateau que je gouvernais
Un mort parlait avec une jeune femme
Vêtue d'une robe jaune
D'un corsage noir
Avec des rubans bleus et d'un chapeau gris
Orné d'une seule petite plume défrisée
Je vous aime
Disait-il
Comme le pigeon aime la colombe
Comme l'insecte nocturne
Aime la lumière
Trop tard
Répondait la vivante
Repoussez repoussez cet amour défendu
Je suis mariée
Voyez l'anneau qui brille
Mes mains tremblent
Je pleure et je voudrais mourir
Les barques étaient arrivées
A un endroit où les chevau-légers
Savaient qu'un écho répondait de la rive
On ne se lassait point de l'interroger
Il y eut des questions si extravagantes
Et des réponses tellement pleines d'à-propos
Que c'était à mourir de rire
Et le mort disait à la vivante
Nous serions si heureux ensemble
Sur nous l'eau se refermera
Mais vous pleurez et vos mains tremblent
Aucun de nous ne reviendra
On reprit terre et ce fut le retour
Les amoureux s'entr'aimaient
Et par couples aux belles bouches
Marchaient à distances inégales
Les morts avaient choisi les vivantes
Et les vivants
Des mortes
Un genévrier parfois
Faisait l'effet d'un fantôme
Les enfants déchiraient l'air
En soufflant les joues creuses
Dans leurs sifflets de viorne
Ou de sureau
Tandis que les militaires
Chantaient des tyroliennes
En se répondant comme on le fait
Dans la montagne
Dans la ville
Notre troupe diminua peu à peu
On se disait
Au revoir
A demain
A bientôt
Bientôt entraient dans les brasseries
Quelques-uns nous quittèrent
Devant une boucherie canine
Pour y acheter leur repas du soir
Bientôt je restai seul avec ces morts
Qui s'en allaient tout droit
Au cimetière
Où
Sous les Arcades
Je les reconnus
Couchés
Immobiles
Et bien vêtus
Attendant la sépulture derrière les vitrines
Ils ne se doutaient pas
De ce qui s'était passé
Mais les vivants en gardaient le souvenir
C'était un bonheur inespéré
Et si certain
Qu'ils ne craignaient point de le perdre
Ils vivaient si noblement
Que ceux qui la veille encore
Les regardaient comme leurs égaux
Ou même quelque chose de moins
Admiraient maintenant
Leur puissance leur richesse et leur génie
Car y a-t-il rien qui vous élève
Comme d'avoir aimé un mort ou une morte
On devient si pur qu'on en arrive
Dans les glaciers de la mémoire
A se confondre avec le souvenir
On est fortifié pour la vie
Et l'on n'a plus besoin de personne
S'étendant sur les côtés du cimetièreS'étendant sur les côtés du cimetière
La maison des morts l'encadrait comme un cloîtreLa maison des morts l'encadrait comme un cloître
A l'intérieur de ses vitrinesA l'intérieur de ses vitrines
Pareilles à celles des boutiques de modesPareilles à celles des boutiques de modes
Au lieu de sourire deboutAu lieu de sourire debout
Les mannequins grimaçaient pour l'éternitéLes mannequins grimaçaient pour l'éternité
Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt joursArrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours
J'étais entré pour la première fois et par hasardJ'étais entré pour la première fois et par hasard
Dans ce cimetière presque désertDans ce cimetière presque désert
Et je claquais des dentsEt je claquais des dents
Devant toute cette bourgeoisieDevant toute cette bourgeoisie
Exposée et vêtue le mieux possibleExposée et vêtue le mieux possible
En attendant la sépultureEn attendant la sépulture
SoudainSoudain
Rapide comme ma mémoireRapide comme ma mémoire
Les yeux ses rallumèrentLes yeux ses rallumèrent
De cellule vitrée en cellule vitréeDe cellule vitrée en cellule vitrée
Le ciel se peupla d'une apocalypseLe ciel se peupla d'une apocalypse
VivaceVivace
Et la terra plate à l'infiniEt la terra plate à l'infini
Comme avant GaliléeComme avant Galilée
Se couvrit de mille mythologies immobilesSe couvrit de mille mythologies immobiles
Un ange en diamant brisa toutes les vitrinesUn ange en diamant brisa toutes les vitrines
Et les morts m'accostèrentEt les morts m'accostèrent
Avec des mines de l'autre mondeAvec des mines de l'autre monde
Mais leur visage et leurs attitudesMais leur visage et leurs attitudes
Devinrent bientôt moins funèbresDevinrent bientôt moins funèbres
Le ciel et la terre perdirentLe ciel et la terre perdirent
Leur aspect fantasmagoriqueLeur aspect fantasmagorique
Les morts se réjouissaientLes morts se réjouissaient
De voir leurs corps trépassés entre eux et la lumièreDe voir leurs corps trépassés entre eux et la lumière
Ils riaient de voir leur ombre et l'observaientIls riaient de voir leur ombre et l'observaient
Comme si véritablementComme si véritablement
C'eût été leur vie passéeC'eût été leur vie passée
Alors je les dénombraiAlors je les dénombrai
Ils étaient quarante-neuf hommesIls étaient quarante-neuf hommes
Femmes et enfantsFemmes et enfants
Qui embellissaient à vue d'œilQui embellissaient à vue d'œil
Et me regardaient maintenantEt me regardaient maintenant
Avec tant de cordialitéAvec tant de cordialité
Tant de tendresse mêmeTant de tendresse même
Que les prenant en amitiéQue les prenant en amitié
Tout à coupTout à coup
Je les invitai à une promenadeJe les invitai à une promenade
Loin des arcades de leur maisonLoin des arcades de leur maison
Et tous bras dessus bras dessousEt tous bras dessus bras dessous
Fredonnant des airs militairesFredonnant des airs militaires
Oui tous vos péchés sont absousOui tous vos péchés sont absous
Nous quittâmes le cimetièreNous quittâmes le cimetière
Nous traversâmes la villeNous traversâmes la ville
Et rencontrions souventEt rencontrions souvent
Des parents des amis qui se joignaientDes parents des amis qui se joignaient
A la petite troupe des morts récentsA la petite troupe des morts récents
Tous étaient si gaisTous étaient si gais
Si charmants si bien portantsSi charmants si bien portants
Que bien malin qui aurait puQue bien malin qui aurait pu
Distinguer les morts des vivantsDistinguer les morts des vivants
Puis dans la campagnePuis dans la campagne
On s'éparpillaOn s'éparpilla
Deux chevau-légers nous joignirentDeux chevau-légers nous joignirent
On leur fit fêteOn leur fit fête
Ils coupèrent du bois de viorneIls coupèrent du bois de viorne
Et de sureauEt de sureau
Dont ils firent des siffletsDont ils firent des sifflets
Qu'ils distribuèrent aux enfantsQu'ils distribuèrent aux enfants
Plus tard dans un bal champêtrePlus tard dans un bal champêtre
Les couples mains sur les épaulesLes couples mains sur les épaules
Dansèrent au son aigre des citharesDansèrent au son aigre des cithares
Ils n'avaient pas oublié la danseIls n'avaient pas oublié la danse
Ces morts et ces mortesCes morts et ces mortes
On buvait aussiOn buvait aussi
Et de temps à autre une clocheEt de temps à autre une cloche
Annonçait qu'un autre tonneauAnnonçait qu'un autre tonneau
Allait être mis en perceAllait être mis en perce
Une morte assise sur un bancUne morte assise sur un banc
Près d'un buisson d'épine-vinettePrès d'un buisson d'épine-vinette
Laissait un étudiantLaissait un étudiant
Agenouillé à ses piedsAgenouillé à ses pieds
Lui parler de fiançaillesLui parler de fiançailles
Je vous attendraiJe vous attendrai
Dix ans vingt ans s'il le fautDix ans vingt ans s'il le faut
Votre volonté sera la mienneVotre volonté sera la mienne
Je vous attendraiJe vous attendrai
Toute votre vieToute votre vie
Répondait la morteRépondait la morte
Des enfantsDes enfants
De ce monde ou bien de l'autreDe ce monde ou bien de l'autre
Chantaient de ces rondesChantaient de ces rondes
Aux paroles absurdes et lyriquesAux paroles absurdes et lyriques
Qui sans doute sont les restesQui sans doute sont les restes
Des plus anciens monuments poétiquesDes plus anciens monuments poétiques
De l'humanitéDe l'humanité
L'étudiant passa une bagueL'étudiant passa une bague
A l'annulaire de la jeune morteA l'annulaire de la jeune morte
Voici le gage de mon amourVoici le gage de mon amour
De nos fiançaillesDe nos fiançailles
Ni le temps ni l'absenceNi le temps ni l'absence
Ne nous feront oublier nos promessesNe nous feront oublier nos promesses
Et un jour nous auront une belle noceEt un jour nous auront une belle noce
Des touffes de myrteDes touffes de myrte
A nos vêtements et dans vos cheveuxA nos vêtements et dans vos cheveux
Un beau sermon à l'égliseUn beau sermon à l'église
De longs discours après le banquetDe longs discours après le banquet
Et de la musiqueEt de la musique
De la musiqueDe la musique
Nos enfantsNos enfants
Dit la fiancéeDit la fiancée
Seront plus beaux plus beaux encoreSeront plus beaux plus beaux encore
Hélas! la bague était briséeHélas! la bague était brisée
Que s'ils étaient d'argent ou d'orQue s'ils étaient d'argent ou d'or
D'émeraude ou de diamantD'émeraude ou de diamant
Seront plus clairs plus clairs encoreSeront plus clairs plus clairs encore
Que les astres du firmamentQue les astres du firmament
Que la lumière de l'auroreQue la lumière de l'aurore
Que vos regards mon fiancéQue vos regards mon fiancé
Auront meilleure odeur encoreAuront meilleure odeur encore
Hélas! la bague était briséeHélas! la bague était brisée
Que le lilas qui vient d'écloreQue le lilas qui vient d'éclore
Que le thym la rose ou qu'un brinQue le thym la rose ou qu'un brin
De lavande ou de romarinDe lavande ou de romarin
Les musiciens s'en étant allésLes musiciens s'en étant allés
Nous continuâmes la promenadeNous continuâmes la promenade
Au bord d'un lacAu bord d'un lac
On s'amusa à faire des ricochetsOn s'amusa à faire des ricochets
Avec des cailloux platsAvec des cailloux plats
Sur l'eau qui dansait à peineSur l'eau qui dansait à peine
Des barques étaient amarréesDes barques étaient amarrées
Dans un havreDans un havre
On les détachaOn les détacha
Après que toute la troupe se fut embarquéeAprès que toute la troupe se fut embarquée
Et quelques morts ramaientEt quelques morts ramaient
Avec autant de vigueur que les vivantsAvec autant de vigueur que les vivants
A l'avant du bateau que je gouvernaisA l'avant du bateau que je gouvernais
Un mort parlait avec une jeune femmeUn mort parlait avec une jeune femme
Vêtue d'une robe jauneVêtue d'une robe jaune
D'un corsage noirD'un corsage noir
Avec des rubans bleus et d'un chapeau grisAvec des rubans bleus et d'un chapeau gris
Orné d'une seule petite plume défriséeOrné d'une seule petite plume défrisée
Je vous aimeJe vous aime
Disait-ilDisait-il
Comme le pigeon aime la colombeComme le pigeon aime la colombe
Comme l'insecte nocturneComme l'insecte nocturne
Aime la lumièreAime la lumière
Trop tardTrop tard
Répondait la vivanteRépondait la vivante
Repoussez repoussez cet amour défenduRepoussez repoussez cet amour défendu
Je suis mariéeJe suis mariée
Voyez l'anneau qui brilleVoyez l'anneau qui brille
Mes mains tremblentMes mains tremblent
Je pleure et je voudrais mourirJe pleure et je voudrais mourir
Les barques étaient arrivéesLes barques étaient arrivées
A un endroit où les chevau-légersA un endroit où les chevau-légers
Savaient qu'un écho répondait de la riveSavaient qu'un écho répondait de la rive
On ne se lassait point de l'interrogerOn ne se lassait point de l'interroger
Il y eut des questions si extravagantesIl y eut des questions si extravagantes
Et des réponses tellement pleines d'à-proposEt des réponses tellement pleines d'à-propos
Que c'était à mourir de rireQue c'était à mourir de rire
Et le mort disait à la vivanteEt le mort disait à la vivante
Nous serions si heureux ensembleNous serions si heureux ensemble
Sur nous l'eau se refermeraSur nous l'eau se refermera
Mais vous pleurez et vos mains tremblentMais vous pleurez et vos mains tremblent
Aucun de nous ne reviendraAucun de nous ne reviendra
On reprit terre et ce fut le retourOn reprit terre et ce fut le retour
Les amoureux s'entr'aimaientLes amoureux s'entr'aimaient
Et par couples aux belles bouchesEt par couples aux belles bouches
Marchaient à distances inégalesMarchaient à distances inégales
Les morts avaient choisi les vivantesLes morts avaient choisi les vivantes
Et les vivantsEt les vivants
Des mortesDes mortes
Un genévrier parfoisUn genévrier parfois
Faisait l'effet d'un fantômeFaisait l'effet d'un fantôme
Les enfants déchiraient l'airLes enfants déchiraient l'air
En soufflant les joues creusesEn soufflant les joues creuses
Dans leurs sifflets de viorneDans leurs sifflets de viorne
Ou de sureauOu de sureau
Tandis que les militairesTandis que les militaires
Chantaient des tyroliennesChantaient des tyroliennes
En se répondant comme on le faitEn se répondant comme on le fait
Dans la montagneDans la montagne
Dans la villeDans la ville
Notre troupe diminua peu à peuNotre troupe diminua peu à peu
On se disaitOn se disait
Au revoirAu revoir
A demainA demain
A bientôtA bientôt
Bientôt entraient dans les brasseriesBientôt entraient dans les brasseries
Quelques-uns nous quittèrentQuelques-uns nous quittèrent
Devant une boucherie canineDevant une boucherie canine
Pour y acheter leur repas du soirPour y acheter leur repas du soir
Bientôt je restai seul avec ces mortsBientôt je restai seul avec ces morts
Qui s'en allaient tout droitQui s'en allaient tout droit
Au cimetièreAu cimetière
OùOù
Sous les ArcadesSous les Arcades
Je les reconnusJe les reconnus
CouchésCouchés
ImmobilesImmobiles
Et bien vêtusEt bien vêtus
Attendant la sépulture derrière les vitrinesAttendant la sépulture derrière les vitrines
Ils ne se doutaient pasIls ne se doutaient pas
De ce qui s'était passéDe ce qui s'était passé
Mais les vivants en gardaient le souvenirMais les vivants en gardaient le souvenir
C'était un bonheur inespéréC'était un bonheur inespéré
Et si certainEt si certain
Qu'ils ne craignaient point de le perdreQu'ils ne craignaient point de le perdre
Ils vivaient si noblementIls vivaient si noblement
Que ceux qui la veille encoreQue ceux qui la veille encore
Les regardaient comme leurs égauxLes regardaient comme leurs égaux
Ou même quelque chose de moinsOu même quelque chose de moins
Admiraient maintenantAdmiraient maintenant
Leur puissance leur richesse et leur génieLeur puissance leur richesse et leur génie
Car y a-t-il rien qui vous élèveCar y a-t-il rien qui vous élève
Comme d'avoir aimé un mort ou une morteComme d'avoir aimé un mort ou une morte
On devient si pur qu'on en arriveOn devient si pur qu'on en arrive
Dans les glaciers de la mémoireDans les glaciers de la mémoire
A se confondre avec le souvenirA se confondre avec le souvenir
On est fortifié pour la vieOn est fortifié pour la vie
Et l'on n'a plus besoin de personneEt l'on n'a plus besoin de personne