La mauvaise mère

By Jean Moréas

Written 1886-01-01 - 1886-01-01

Dans son jardin d'été,

Parmi les lauriers blancs,

Dans son jardin d'été,

Parmi les lauriers roses ;

Dans son jardin d'été

La belle se repose,

Parmi les lauriers blancs,

Parmi les lauriers roses.

Assis à son côté,

Un étranger lui cause,

Lui cause tendrement

Parmi les lauriers blancs.

— " Mère, pourquoi causer

Avec un étranger,

Parmi les lauriers roses

Dans le jardin d'été !

— Au bord du fleuve bleu

Où mouillent les frégates,

Mon fils, va donc jouer

Avec tes camarades.

— Je vais dire à mon père

Que tu causais, ma mère,

Avec un étranger,

Dans le jardin d'été.

— Mon fils, viens dans ma chambre

Et je te donnerai

Du musc et des grains d'ambre,

Mon fils, viens dans ma chambre. "

Elle l'égorge ainsi

Qu'un agneau le boucher,

Elle arrache son cœur,

Le donne au cuisinier.

Voilà que son mari

Par la plaine revient,

Il revient de la chasse

Avec ses vingt-deux chiens.

Il apporte des lièvres

Et des chevreuils tués,

Pour son fils il apporte

Un cerf apprivoisé.

— " femme, dis à mon fils

De venir me trouver,

C'est pour lui que j'apporte

Le cerf apprivoisé.

— Ton fils est à jouer

Avec ses camarades ;

Ton fils est à jouer,

Viens boire et viens manger. "

Elle lui verse à boire

Dans un vase d'argent

Et lui sert à manger

Le cœur de son enfant.

Et le cœur parle et dit :

" qu'un mécréant me mange ! "

Et le cœur parle et dit :

" que mon père m'embrasse. "

Il égorge sa femme

Avec ses propres mains,

Il arrache son cœur

Et le jette à ses chiens.

Dans son jardin d'été,

Parmi les lauriers blancs,

Dans son jardin d'été,

Parmi les lauriers roses ;

Dans son jardin d'été

La belle se repose,

Parmi les lauriers blancs,

Parmi les lauriers roses.

Assis à son côté,

Un étranger lui cause,

Lui cause tendrement

Parmi les lauriers blancs.

— " Mère, pourquoi causer

Avec un étranger,

Parmi les lauriers roses

Dans le jardin d'été !

— Au bord du fleuve bleu

Où mouillent les frégates,

Mon fils, va donc jouer

Avec tes camarades.

— Je vais dire à mon père

Que tu causais, ma mère,

Avec un étranger,

Dans le jardin d'été.

— Mon fils, viens dans ma chambre

Et je te donnerai

Du musc et des grains d'ambre,

Mon fils, viens dans ma chambre. "

Elle l'égorge ainsi

Qu'un agneau le boucher,

Elle arrache son cœur,

Le donne au cuisinier.

Voilà que son mari

Par la plaine revient,

Il revient de la chasse

Avec ses vingt-deux chiens.

Il apporte des lièvres

Et des chevreuils tués,

Pour son fils il apporte

Un cerf apprivoisé.

— " femme, dis à mon fils

De venir me trouver,

C'est pour lui que j'apporte

Le cerf apprivoisé.

— Ton fils est à jouer

Avec ses camarades ;

Ton fils est à jouer,

Viens boire et viens manger. "

Elle lui verse à boire

Dans un vase d'argent

Et lui sert à manger

Le cœur de son enfant.

Et le cœur parle et dit :

" qu'un mécréant me mange ! "

Et le cœur parle et dit :

" que mon père m'embrasse. "

Il égorge sa femme

Avec ses propres mains,

Il arrache son cœur

Et le jette à ses chiens.