La mère barbe-en-jonc
Written 1894-01-01 - 1894-01-01
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
C’est là qu’y a des fins drilles,
C’est là qu’y a des lurons.
L’hôtesse est si bonne fille,
Qu’elle en est presque garçon.
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
Elle a la peau de la face
En soie ainsi qu’un cochon.
Ça s’hérissʼ quand on l’embrasse.
On se râpe à son menton.
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
Mais, malgré sa barbe rousse,
Il lui faut du frais, du bon.
Ce n’est qu’au filin des mousses
Qu’elle ouvre son entrepont.
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
Il est noir comme de l’encre,
Le goulot de son bidon,
Et ceux qu’ils y jettent l’ancre
N’en trouvent jamais le fond.
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
Mais elle a vin, cidre et bière,
Et du rhum et du jambon.
Et ceux qui font son affaire
Ont toujours le ventre rond.
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
C’était un simple novice,
Celui qui fit la chanson.
Il avait eu l’artifice
De se raser le menton.
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
Si bien que la bonne hôtesse,
Le prenant pour moussaillon,
Avec mille politesses
Amena son pavillon.
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
Elle dit : — Je te régale,
Et aussi tes compagnons.
Je vas vous lester la cale ;
Mais gardez votre pognon.
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
C’était bordée et bamboche
Pour tous nos joyeux fistons,
Et sans haler sur nos poches.
Fallait-il répondre non ?
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
Il répond oui d’une haleine,
Celui qui fit la chanson.
La cambuse était si pleine !
Si soif avaient nos garçons !
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! on s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.
Et quand il reprend sa route,
Rebouclant son pantalon,
Tous ont du vent dans l’écoute,
Que leur voile en fait ballon.
Largue l’écoute ! Bitte et bosse !
Largue l’écoute ! Gigue et jon !
Largue l’écoute ! On s’y fout des bosses,
Chez la mère Barbe-en-jonc.