La méridienne du lion

By Victor Hugo

Written 1865-01-01 - 1865-01-01

Le lion dort, seul sous sa voûte.

Il dort de ce puissant sommeil

De la sieste, auquel s'ajoute,

Comme un poids sombre, le soleil.

Les déserts, qui de loin écoutent,

Respirent ; le maître est rentré.

Car les solitudes redoutent

Ce promeneur démesuré.

Son souffle soulève son ventre ;

Son œil de brume est submergé,

Il dort sur le pavé de l'antre,

Formidablement allongé.

La paix est sur son grand visage,

Et l'oubli même, car il dort.

Il a l'altier sourcil du sage

Et l'ongle tranquille du fort.

Midi sèche l'eau des citernes ;

Rien du sommeil ne le distrait ;

Sa gueule ressemble aux cavernes,

Et sa crinière à la forêt.

Il entrevoit des monts difformes,

Des Ossas et des Pélions,

À travers les songes énormes

Que peuvent faire les lions.

Tout se tait sur la roche plate

Où ses pas tout à l'heure erraient.

S'il remuait sa grosse patte,

Que de mouches s'envoleraient !