La moisson

By Henriette Hervé

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

Le soleil de midi brûle les chaumes roux

Où nous avons coupé la moisson depuis l'aube ;

C'est, la trêve du jour, la sieste aux rêves fous ;

A mon cœur embrasé, le sommeil se dérobe…

Et toi, tu dors, à l'ombre exquise des figuiers,

Ayant posé ton front sur ton bras replié…

Les cigales pourtant font résonner leurs sistres,

Mêlés aux tambourins des frelons vagabonds ;

Mais rien ne peut troubler le complet abandon

De ton repos… Tes yeux, que la fatigue bistre,

Restent fermés aux bruits ; ils sont clos à la voix

Des désirs déchaînés comme des chiens avides,

Et dont la violence aboie et gronde en moi !

Et des champs désertés, de tous ces vergers vides,

Monte une odeur de fruits entr'ouverts au soleil…

Ah ! lorsque tu viendras ‒ secouant le sommeil

Qui te reprend, et par moment t'accable encor ‒

Pour te désaltérer enfin avec lenteur,

Et que nonchalamment, tu me tendras l'amphore,

Je ne pourrai goûter que ta fauve moiteur !…