La mort des lys

By Jean Lorrain

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Une grâce étrange et navrante

Est dans le blanc trépas des lys,

S'effeuillant sur l'eau transparente

Des porte-bouquets trop remplis.

Dans leur étroit cercueil de verre,

Leurs beaux cadavres éclatants

Ont le charme auguste et sévère

Des vierges mortes à vingt ans.

La souffrance les divinise…

Leur élégance et leurs pâleurs

Dans le grand cornet de Venise

Semblent un martyre de fleurs.

Cette tige, qui pleure et saigne

En parfumant de son regret

Et le vase et l'eau, qui la baigne,

Absout ses bourreaux en secret.

Le mystère de ce calice,

Inconnu même aux papillons,

Dans l'enivrement du supplice

S'entr'ouvre aux yeux, plein de rayons.

La mort aux lys fait une gloire,

Couronnés de parfums subtils,

Leur forme est celle d'un ciboire,

Leur nimbe est dans l'or des pistils ;

Et, s'effeuillant au bord du vase

Dans un chaste et calme abandon,

Leur agonie est une extase

Et leur parfum est un pardon.