La mort du poète

By François Coppée

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

Sa lyre pour l’adieu déchirant a gémi ;

Il repose, un rameau de laurier sur sa couche,

Et semble en sa pâleur le poète endormi

Qu’une reine de France a baisé sur la bouche.

Il n’est plus, l’enchanteur, et le froid de la mort

Habite sous son crâne où bouillait la Pensée,

Et son cœur que l’amour a fait battre si fort

Ne soulèvera plus sa poitrine glacée.

Ses lèvres, qui laissaient tomber de si doux vers,

Sont closes ; et jamais vos beautés éternelles,

O femmes, ciel d’azur, flots vermeils, coteaux verts,

N’auront plus pour miroirs ses profondes prunelles.

Vierges, versez des pleurs ! Tonne, Dies iræ !

Car c’est un jour de deuil pour la terre inquiète

Quand du manteau des nuits tombe un astre éploré.

Lorsque s'enfuit au ciel une âme de poète.