La mort inutile

By Pierre Quillard

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Triste comme la mer et la chanson des syrtes,

Le vent lourd de sanglots pleure dans la forêt ;

Un troupeau d'ombres va, paraît, et disparaît

Par les bois souterrains et les bosquets de myrtes.

Défaillant dans l'horreur d'un ciel ensanglanté,

Le soleil infernal baigne le pâle espace ;

Un troupeau d'ombres vient, revient, passe et repasse

En sa mélancolique et tremblante clarté ;

Et ce sont à travers les routes d'asphodèle

Les fantômes hagards, pleins de larmes et lents

Dont les glaives d'amour ont déchiré les flancs :

La mort n'a point fermé leur blessure immortelle,

Le sommeil sépulcral a leurré leurs yeux las

Et l'âpre souvenir survivant à la tombe

Tel qu'un vin corrosif, goutte par goutte, tombe

Dans leur cœur ulcéré qui ne guérira pas.