La négresse blonde

By Georges Fourest

Written 1909-01-01 - 1909-01-01

Elle est noire comme cirage,

comme un nuage

au ciel d’orage,

et le plumage

du corbeau,

et la lettre A, selon Rimbaud ;

comme la nuit,

comme l’ennui,

l’encre et la suie !

Mais ses cheveux,

ses doux cheveux,

soyeux et longs

sont blonds, plus blonds

que le soleil

et que le miel

doux et vermeil,

que le vermeil,

plus qu’Eve, Hélène et Marguerite,

que le cuivre des lèchefrites,

qu’un épi d’or

de Messidor,

et l’on croirait d’ébène et d’or

La Belle Négresse, la Négresse Blonde !

Cannibale, mais ingénue,

elle est assise, toute nue,

sur une peau de kanguroo,

dans l’île de Tamamourou !

Là, pétauristes, potourous,

ornithorrynques et wombats,

phascolomes prompts au combat,

près d’elle prennent leurs ébats !

Selon le mode Papoua,

sa mère, enfant la tatoua :

en jaune, en vert, en vermillon,

en zinzolin, par millions

oiseaux, crapauds, serpents, lézards,

fleurs polychromes et bizarres,

chauves-souris, monstres ailés,

laids, violets, bariolés,

sur son corps noir sont dessinés.

Sur ses fesses bariolées

on écrivit en violet

deux sonnets sybillins rimés

par le poète Mallarmé,

et sur son ventre peint en bleu,

fantastique se mord la queue

un amphisbène.

L’arête d’un poisson lui traverse le nez ;

de sa dextre aux doigts terminés

par des ongles teints au henné,

elle caresse un échidné,

et parfois elle fait sonner

en souriant d’un air amène

à son col souple un beau collier

de dents humaines,

La Belle Négresse, la Négresse blonde !

Or des Pierrots,

de blancs Pierrots, de doux Pierrots

blancs comme des poiriers en fleurs,

comme la fleur

des pâles nymphéas sur l’eau,

comme l’écorce des bouleaux,

comme le cygne, oiseau des eaux,

comme les os

d’un vieux squelette,

blancs comme un blanc papier de riz,

blancs comme un blanc Mois-de-Marie

de doux Pierrots, de blancs Pierrots

dansent le falot boléro,

la fanfoulla, la bamboula,

éperdument au son de la

maigre guzla,

autour de la

Négresse Blonde.

Parfois un Pierrot tombe, alors

brandissant un scalpel en or

et riant un rire sonore,

un triomphant rire d’enfant,

vainqueur, moqueur et triomphant,

en grinçant la négresse fend

la poitrine de l’enfant blême

et puis scalpe l’enfant blême,

et, de ses dents que le bétel

teint en ébène, bien vite elle

mange le cœur et la cervelle,

sans poivre, ni sel !

Ah ! buvant — suave liqueur ! —

le sang tout chaud, cervelle et cœur,

à belles dents, sans nul émoi,

elle dévore tout, et moi,

Négresse, je t’apporte ici

mon cœur et ma cervelle aussi,

mon foie itou,

et bâfre tout

trou lai tou !

car, sans mentir, j’ai proclamé

que dans ce monde

laid, sublunaire et terraqué

et détraqué

pour qui n’est pas un paltoquet

comme Floquet ,

seule fut digne d’être aimée

la Blonde Négresse, la Négresse blonde !…

Elle est noire comme cirage,

comme un nuage

au ciel d’orage,

et le plumage

du corbeau,

et la lettre A, selon Rimbaud ;

comme la nuit,

comme l’ennui,

l’encre et la suie !

Mais ses cheveux,

ses doux cheveux,

soyeux et longs

sont blonds, plus blonds

que le soleil

et que le miel

doux et vermeil,

que le vermeil,

plus qu’Eve, Hélène et Marguerite,

que le cuivre des lèchefrites,

qu’un épi d’or

de Messidor,

et l’on croirait d’ébène et d’or

La Belle Négresse, la Négresse Blonde !

Cannibale, mais ingénue,

elle est assise, toute nue,

sur une peau de kanguroo,

dans l’île de Tamamourou !

Là, pétauristes, potourous,

ornithorrynques et wombats,

phascolomes prompts au combat,

près d’elle prennent leurs ébats !

Selon le mode Papoua,

sa mère, enfant la tatoua :

en jaune, en vert, en vermillon,

en zinzolin, par millions

oiseaux, crapauds, serpents, lézards,

fleurs polychromes et bizarres,

chauves-souris, monstres ailés,

laids, violets, bariolés,

sur son corps noir sont dessinés.

Sur ses fesses bariolées

on écrivit en violet

deux sonnets sybillins rimés

par le poète Mallarmé,

et sur son ventre peint en bleu,

fantastique se mord la queue

un amphisbène.

L’arête d’un poisson lui traverse le nez ;

de sa dextre aux doigts terminés

par des ongles teints au henné,

elle caresse un échidné,

et parfois elle fait sonner

en souriant d’un air amène

à son col souple un beau collier

de dents humaines,

La Belle Négresse, la Négresse blonde !

Or des Pierrots,

de blancs Pierrots, de doux Pierrots

blancs comme des poiriers en fleurs,

comme la fleur

des pâles nymphéas sur l’eau,

comme l’écorce des bouleaux,

comme le cygne, oiseau des eaux,

comme les os

d’un vieux squelette,

blancs comme un blanc papier de riz,

blancs comme un blanc Mois-de-Marie

de doux Pierrots, de blancs Pierrots

dansent le falot boléro,

la fanfoulla, la bamboula,

éperdument au son de la

maigre guzla,

autour de la

Négresse Blonde.

Parfois un Pierrot tombe, alors

brandissant un scalpel en or

et riant un rire sonore,

un triomphant rire d’enfant,

vainqueur, moqueur et triomphant,

en grinçant la négresse fend

la poitrine de l’enfant blême

et puis scalpe l’enfant blême,

et, de ses dents que le bétel

teint en ébène, bien vite elle

mange le cœur et la cervelle,

sans poivre, ni sel !

Ah ! buvant — suave liqueur ! —

le sang tout chaud, cervelle et cœur,

à belles dents, sans nul émoi,

elle dévore tout, et moi,

Négresse, je t’apporte ici

mon cœur et ma cervelle aussi,

mon foie itou,

et bâfre tout

trou lai tou !

car, sans mentir, j’ai proclamé

que dans ce monde

laid, sublunaire et terraqué

et détraqué

pour qui n’est pas un paltoquet

comme Floquet ,

seule fut digne d’être aimée

la Blonde Négresse, la Négresse blonde !…