La Nostalgie de Joko
Written 1867-01-01 - 1885-01-01
J'étais le plus gai des Jokos,
Là-bas, vers nos riantes côtes,
On m'enlève aux bois de cocos,
Pour la grand'ville des cocotes !
Malgré le pompeux appareil,
Dont m'entourent des mains illustres,
Je regrette mon beau soleil,
Que ne remplacent point les lustres !
Et je rêve, et je pleure encor,
En songeant aux rives lointaines,
Car mes chaînes pour d'or,
Hélas ! n'en sont pas moins des chaînes !
Oh ! le grand bois tout parfumé !
Quand la guenon dans la nuit bleue,
Guette l'approche de l'aimé,
Pendue aux branches… par la queue !
Si pour distraire mes ennuis,
Dans le palais, où je soupire,
Si pour oublier où je suis.
La nouveauté venait m'instruîre ?
Mais, non ! ici comme là-bas,
Vers les palmiers qui m'ont vu naître,
Ce sont des bonds et des ébats
De courtisans sous l'œil du maître !
Comme ils sautent ! qu'ils sont adroits !
Oh ! que ces hommes sont habiles !
On ne saurait trouver, je crois,
Des plus souples, mains plus agiles !
Je disais : — « Oublions nos maux,
En étudiant où nous sommes. »
Mais je trouve encor des Jokos,
Où je croyais trouver des hommes !
Et tout honteux je me tiens coi,
Et je rougis et je sanglote,
Et pour avoir pitié de moi,
Je n'ai pas la moindre Jokote !
Courtisans, sautez tour à tour.
Sous l'habit brodé, le beau linge,
Mais craignez, que le maître, un jour,
Ne vous paie en monnai de singe !
J'étais le plus gai des Jokos,
Là-bas, vers nos riantes côtes,
On m'enlève aux bois de cocos,
Pour la grand'ville des cocotes !