La Nuit Sainte
Written 1860-01-01 - 1860-01-01
A l'occident, à l'orient,
Des savants à quoi bon les veilles ?
J'ai vu cette nuit, en priant,
Ce qu'ils n'ont pas vu : des merveilles !
En vain ils ont fait mille apprêts,
Des calculs jusqu'à la syncope ;
Il s'agissait là de secrets
Voulant la foi pour télescope.
Car c'était la plus sainte nuit
Des sept nuits saintes de l'année,
Celle dont à l'homme éconduit
La date n'est jamais donnée ;
La nuit où prier une fois
Compte plus que mille prières
Dans le reste des douze mois ;
La nuit où le sable et les pierres,
Les métaux et les diamants,
L'air et l'eau, la glace et la flamme,
Tout le chaos des éléments,
Pour s'unir à Dieu, prend une âme.
La lave, aux cratères béants,
Reluit alors sans qu'elle fume ;
La vague, dans les océans,
Perd un instant son amertume.
L'air fait gazouiller le zéphyr
Et force l'orage à se taire.
Émeraude, opale, saphir
Surgissent du sein de la terre.
D'éclat, de beauté, de douceur,
C'est une lutte universelle,
Entre l'astre dans sa grosseur
Et la perle dans sa parcelle.
Et grâce au pouvoir des versets
Récités par moi, grâce au nombre
De mes jeûnes, je saisissais
Le mystère remplissant l'ombre.
Tout l'univers inanimé
Vivait. Un trouble taciturne,
Pour atteindre à l'Être innommé,
Montait en amour de cette urne.
Et poème hindou, psaume hébreu
N'ont pas d'accents si grandioses
Qu'ils vaillent, pour adorer Dieu,
Ce chœur muet, montant des choses.