La nuit
By Pierre Louÿs
Written 1888-01-01 - 1920-01-01
C’est l’argent bleu qui luit sur les lacsC’est l’argent bleu qui luit sur les lacs
Dans le crépuscule de la luneDans le crépuscule de la lune
C’est l’encens rare et l’irréel nardC’est l’encens rare et l’irréel nard
Saphir et lapis d’eau et de brumeSaphir et lapis d’eau et de brume
C’est le geste des peupliers noirsC’est le geste des peupliers noirs
Au vol des blancheurs que l’ombre azureAu vol des blancheurs que l’ombre azure
Lents éventer les cheveux des parcsLents éventer les cheveux des parcs
C’est l’air inconnu, l’été nocturneC’est l’air inconnu, l’été nocturne
Et la clarté du ciel sidéral.Et la clarté du ciel sidéral.
Du haut du chœur les grands rayons pâlesDu haut du chœur les grands rayons pâles
Tombent allongés au pied des mursTombent allongés au pied des murs
La nuit limpide aux lueurs bleuâtresLa nuit limpide aux lueurs bleuâtres
Pure comme une aube au mois d’élulPure comme une aube au mois d’élul
Glisse et descend du haut des vitragesGlisse et descend du haut des vitrages
Tandis qu’au dehors les arcturusTandis qu’au dehors les arcturus
Font la nuit claire et les brises calmesFont la nuit claire et les brises calmes
Tout au haut des nefs dans l’air du sudTout au haut des nefs dans l’air du sud
Les vitraux peints filtrent les étoiles.Les vitraux peints filtrent les étoiles.
Tu scintilles. Tes yeux sont très pursTu scintilles. Tes yeux sont très purs
Étoile qui vis, et tes mains chastes !Étoile qui vis, et tes mains chastes !
Sus-je autrefois quel éternel fluxSus-je autrefois quel éternel flux
Vague avec lenteur en tes cils graves ?Vague avec lenteur en tes cils graves ?
Jusqu’à tes pieds de hauts plis obscursJusqu’à tes pieds de hauts plis obscurs
Plongent agrandis dans l’ombre largePlongent agrandis dans l’ombre large
Et le Psalmiste un doigt sur le luthEt le Psalmiste un doigt sur le luth
Épie en extase au ras des dallesÉpie en extase au ras des dalles
L’astral rayon de tes longs yeux nus,L’astral rayon de tes longs yeux nus,
De tes yeux nus où la nuit diffuseDe tes yeux nus où la nuit diffuse
Éclaircit un peu d’air vespéralÉclaircit un peu d’air vespéral
Où vaguement s’exalte et fulgureOù vaguement s’exalte et fulgure
Un reste de gloire et d’or lilasUn reste de gloire et d’or lilas
Reflets errants que le noir divulgueReflets errants que le noir divulgue
Charmes lumineux aux nuls regardsCharmes lumineux aux nuls regards
Vers qui si calme et si répandueVers qui si calme et si répandue
Avec les encens monte la foiAvec les encens monte la foi
Ô Constellée aux yeux taciturnes !Ô Constellée aux yeux taciturnes !