La pèlerine

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

« Pèlerine, où vas-tu si tard ?

Le temps est à l’orage.

Peux-tu confier au hasard

Tes charmes et ton âge ?

— Ermite, n’ayez point de peur,

Du ciel je ne crains plus la foudre :

Que ne peut-il réduire en poudre

L’image qui brûle mon cœur !

— Ô ma fille ! donne un moment

À l’ami qui t’appelle ;

Viens calmer ton égarement

À la sainte chapelle.

— Ermite, mon âme est à Dieu ;

Partout il me suit, il me guide ;

Il m’a dit de fuir un perfide :

Je fuis l’Amour, Ermite, adieu.

— Pèlerine, en fuyant l’Amour,

Que la pitié t’enchaîne ;

Un malheureux, depuis un jour,

Pleure ici sur sa chaîne.

— Un malheureux ! c’est un amant ;

Mon père, donnez-lui vos larmes !

Blessée au cœur des mêmes armes

Je mourrai du même tourment.

— Ma fille, lève au moins les yeux,

La pitié te l’ordonne ;

Cet amant n’est plus malheureux,

Si ton cœur lui pardonne. »

Le coupable alors se montra ;

L’Amour pria pour le parjure ;

L’ermite effaça son injure,

Et la pèlerine… pleura.