La petite couturière

By Maurice Rollinat

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Elle s'en vient à travers champs,

Le long des buissons qui renaissent

Pleins de murmures et de chants ;

Elle s'en vient à travers champs.

Là-bas, sur les chaumes penchants,

Mes yeux amis la reconnaissent.

Elle s'en vient à travers champs,

Le long des buissons qui renaissent.

Elle arrive et dit ses bonjours

Sans jamais oublier la bonne :

Timidement, comme toujours,

Elle arrive et dit ses bonjours.

C'est l'ange de bien des séjours,

Elle est si jolie et si bonne !

Elle arrive et dit ses bonjours.

Sans jamais oublier la bonne.

La voilà donc tirant son fil,

Assise devant la croisée !

Délicieuse de profil,

La voilà donc tirant son fil.

Aux rayons d'un soleil d'avril

La vitre miroite irisée.

La voilà donc tirant son fil,

Assise devant la croisée.

Ses doigts rompus aux longs fuseaux,

Coudraient une journée entière.

Ils sont vifs comme des oiseaux

Ses doigts rompus aux longs fuseaux.

Comme ils manœuvrent les ciseaux

Qui pendent sur sa devantière !

Ses doigts rompus aux longs fuseaux

Coudraient une journée entière.

Elle sait couper un gilet

Dans une vieille redingote,

Et ravauder un mantelet ;

Elle sait couper un gilet.

Pour la boutonnière et l'ourlet,

Que de tailleurs elle dégote !

Elle sait couper un gilet

Dans une vieille redingote !

Elle coud du vieux et du neuf,

Elle repasse et rapiécette,

Draps de coton et draps d'Elbeuf,

Elle coud du vieux et du neuf.

Comme elle fait courir son œuf

De bois peint dans une chaussette !

Elle coud du vieux et du neuf,

Elle repasse et rapiécette !

Quand le déjeuner est servi,

Ce n'est pas elle qui lambine !

Pour moi, je m'attable ravi,

Quand le déjeuner est servi.

Et nous dévorons à l'envi !

Adieu bouquin ! adieu bobine !

Quand le déjeuner est servi,

Ce n'est pas elle qui lambine,

Enfin ! promenades ou jeu !

Sa récréation commence,

Ensemble nous sortons un peu ;

Enfin ! promenades ou jeu !

— Dans les taillis, sous le ciel bleu,

Le rossignol dit sa romance

Enfin ! promenades ou jeu !

Sa récréation commence.

Nous allons voir les carpillons

Au bord de l'étang plein de rides,

Et que rasent les papillons.

Nous allons voir les carpillons ;

Le soleil emplit de rayons

Son beau petit bonnet sans brides.

Nous allons voir les carpillons

Au bord de rotang plein de rides.

Quand on a rangé le dressoir,

Elle se remet à mes nippes.

Alors, en voilà jusqu'au soir,

Quand on a rangé le dressoir.

Auprès d'elle je vais m'asseoir

Et jaser en fumant des pipes.

Quand on a rangé le dressoir

Elle se remet à mes nippes.

Je lui fais chanter de vieux airs

Qui me rappellent mon enfance,

Quand j'errais par les champs déserts !

Je lui fais chanter de vieux airs.

Et nous causons ! rien dans mes airs,

Ni dans mes termes qui l'offense.

Je lui fais chanter de vieux airs

Qui me rappellent mon enfance.

Ses histoires de revenant

Me font peur ! je le dis sans honte.

Je les écoute en frissonnant,

Ses histoires de revenant,

C'est toujours drôle et surprenant,

Les choses qu'elle me raconte :

Ses histoires de revenant

Me font peur ! je le dis sans honte.

Et la mignonne disparaît

Comme on allume la chandelle !

Elle quitte son tabouret ;

Et la mignonne disparaît.

« Bonsoir ! dit-elle, avec regret.

— A bientôt ! ma petite Adèle ! »

Et la mignonne disparaît

Comme on allume la chandelle !