La petite ville
Written 1870-01-01 - 1870-01-01
Contre un ils étaient venus mille !…
Mais combien d'entr'eux sont restés
Sous tes murs, ô petite ville,
Qu'Homère ou Dante auraient chantés ?
Combien sont tombés sous tes balles,
Frappés au cœur et sans souiller
Tes forteresses virginales
Que le Maudit veut violer ?
Combien reverront leur patrie
Pour raconter à leurs enfants
Comment deux mois, toujours meurtrie,
Toujours debout tu te défends ?
Tu n'étais qu'un, ils étaient mille,
De flamme et de fer hérissés ;
Tu n'avais, ô petite ville,
Que ton cœur, et ce fut assez !
Oh ! tant que vivra notre France,
Oh ! tant qu'elle ira l’œil fixé
Vers l'avenir comme espérance,
Comme regret vers le passé ;
Tant qu'elle pourra voir le monde,
Graviter docile à la voix
Qui sort de sa gorge profonde
Pour enseigner peuples et rois ;
Tant qu'elle régnera tranquille
Sous sa couronne de clarté ;
Si longtemps, ô petite ville,
Ton nom partout sera cité !
Les peuples poursuivront la route
Où le destin les a poussés,
En écoutant comme on écoute
L'enseignement des jours passés ;
Les générations humaines
Disparaîtront dans leurs tombeaux,
Ainsi qu'un amas d'ombres vaines
Que la Mort mène par troupeaux,
Et toujours on lira de même,
Les soirs d'hiver, à son foyer,
Cette Illiade sans poëme
Dont le chantre : est un peuple entier !
Contre un ils' étaient venus mille !…
Mais combien d'entr'eux sont restés
Sous tes murs, ô petite ville,
Qu'Homère ou Dante auraient chantés !