La presse canadienne

By Jean Baptiste Caouette

Written 1892-01-01 - 1892-01-01

Nos bardes tour à tour ont chanté la ramure,

La brise, le soleil, et l'oiseau qui murmure

En voltigeant de fleur en fleur ;

De notre peuple ils ont célébré l'espérance,

Les qualités, la foi, les vertus, la souffrance,

Le dévoûment et la valeur.

Ils ont, les yeux fixés aux pages de l'Histoire

Redit avec orgueil l'éclatante victoire

De nos soldats à Carillon ;

Et moi, le plus obscur du groupe littéraire,

J'ose venir chanter, d'une voix téméraire,

L'honneur d'un autre bataillon.

Ce bataillon figure en nos belles annales ;

C'est lui qui défendit nos lois nationales

Conte un farouche potentat ;

C'est lui qui détrôna l'infâme oligarchie,

Qui, méprisant nos droits, voulait par tyrannie

Régner et posséder l'état !

Il essuya d'abord outrage sur outrage,

L'exil et la prison ; mais, sans perdre courage,

Dans sa lutte il persévéra.

Alors, nos ennemis, plus orgueilleux que braves,

Cessèrent à regret de mettre des entraves,

Et l'oligarchie expira…

Devant ce bataillon qui s'appelle la Presse,

Chapeau bas, Canadiens ! Et que chacun lui tresse

Une couronne en ce beau jour !

Car en brisant les fers de notre servitude,

Il s'est acquis des droits à notre gratitude,

A notre estime, à notre amour !

Et depuis lors, veillant comme une sentinelle

A la sécurité de la nef fraternelle

Qui porte les deux nations,

La Presse jetterait le premier cri d'alarme

Si le tyran d'hier osait reprendre l'arme

Pour briser nos traditions !

Jamais ne sonnera cette heure malheureuse

Où notre beau pays, dans une guerre affreuse,

Verrait ses fils s'entrégorger.

Non ! car les mêmes vœux de paix et d'espérance

Font battre tous les cœurs de la Nouvelle-France,

Et nul ne songe à se venger !

La Presse canadienne honore notre race ;

Elle suit pas à pas la glorieuse trace

Du grand Bédard, son fondateur ;

Comme lui sans faiblesse, elle flétrit le vice,

Exalte la vertu, flagelle l'injustice,

Défend l'Église et le pasteur.

Elle inspire le goût de la littérature,

Favorise les arts, surtout l'agriculture,

Cette mère du genre humain.

Toute œuvre intelligente, honnête, généreuse,

Tout ce qui fait enfin notre existence heureuse,

Porte l'empreinte de sa main !

Devant ce bataillon qui s'appelle la Presse,

Chapeau bas, Canadiens ! Et que chacun lui tresse

Une couronne en ce beau jour !

Car en brisant les fers de notre servitude

Il s'est acquis des droits à notre gratitude,

A notre estime, à notre amour !