La promenade champêtre

By Maurice Rollinat

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Mai, le plus amoureux des mois,

Fleurit et parfume les haies.

Allons-nous-en dans les chênaies,

Égarons-nous au fond des bois !

Cherchons la source et les clairières,

Dormons à l'ombre du bouleau ;

Un bon soleil ami de l'eau

Sourit aux flaques des carrières.

Et tous deux nous nous enfonçons

Dans la campagne ! et, champs, prairies,

Brandes, mares et métairies

Tout ça rêve entre les buissons.

Intrigués par notre costume,

Les bœufs, avec un œil dormant

Nous considèrent gravement

En léchant leur mufle qui fume.

Mélancolique et cher pays,

À nous tes petites auberges,

Ta Gargilesse humble et tes berges

Si pleines d'ombre et de fouillis !

Nous deux nous sommes les touristes

Familiers de tes casse-cou,

Et nous adorons le coucou

Qui pleure dans tes bois si tristes.

— Traversons la cour du fermier :

Au fond, le chien dort sous un frêne,

Lentement un crapaud se traîne

Horrible et doux sur le fumier.

Ici, la cane barboteuse

Glousse devant un soupirail ;

Là, des bergers frottent leur ail

Sur une croûte raboteuse.

Tiens ! voici venir chevauchant,

Assis sur des sacs de farine,

Le grand Pierre à qui Mathurine

Songe plus d'une fois au champ.

Insoucieux, il se balance,

Jetant sa voix claire à l'écho,

Déhanché sur son bourriquot,

Et tout rempli de nonchalance.

Angélique, au bord du lavoir,

À genoux dans l'herbe et la mousse,

Tape et tord le linge qui mousse.

C'est tout un plaisir de la voir !

Il sonne en vain le battoir jaune,

Les grenouilles n'en ont pas peur.

Dans une sereine torpeur,

Elles songent au pied d'un aune.

Que nous font les terrains vaseux

Puisque chantent les pastourelles,

Et qu'on peut voir dans les nids frêles

Le mystère des petits œufs ?

La pente est rude, mais la roche

Où le pied se pose au hasard

S'émeraude avec le lézard,

Et voici que la Creuse est proche !

Là-bas, Margot jacasse avec

Autant de feu qu'une dévote,

Elle court, sautille et pivote,

Hochant la queue, ouvrant le bec.

Impossible d'être plus drôle !

Elle danse, et va s'amusant

D'un beau petit caillou luisant,

Et d'un brin d'herbe qui la frôle.

Du fond des chemins oubliés

Où notre semelle s'attache,

Nous voyons la vieille patache

Qui roule entre les peupliers.

Quand les coups de fouets aiguillonnent

Les pauvres chevaux courbatus,

Sur les colliers hauts et pointus,

Comme les grelots carillonnent !

Et la hutte en chaume terreux,

Abri des petites bergères,

Est au milieu de ses fougères

Hospitalière aux amoureux.

Dans un mystère délectable,

Las de courir et de causer,

Nous venons nous y reposer,

Sur la paille qui sent l'étable.