La quatrième églogue

By Germain Nouveau

Written 1903-01-01 - 1903-01-01

Qui donc serait si pot

sous le règne où nous sommes

De Mons Diafoirus,

le plus sage des hommes,

Que d'aller sans le pot

de nos vents implorer…

Courons vite au sujet

soit dit sans rien serrer.

Non, l'on ne verra pas,

à moins que sous nos plumes,

Le fameux Vase d'or

des malades de Cumes ;

Que ce fou de Maron,

qui l'a vu dans ses bois,

Appelle, de son lit,

le Vase d'Autrefois ;

Car ce n'est que d'un pot

que chacun est en peine,

Et de singes déjà

la paroisse en est pleine.

L'on vit parler aux champs

de pots et de besoins

Mais d'un Saturne, non ;

d'une Rhée, encor moins ;

Enfin sur aucun pot,

nul Marat, que je sente

De nul petit Dauphin

ne fête la descente.

Je ne vois que Danton,

le marchand de poissons,

Qui vienne à ce concert

mêler d'odieux sons.

Ce singe, de rosa

grimpé jusqu 'en troisième

Ce pot de Maron plein

fait du Dauphin son thème.

Ma foi ! ton grand poisson,

Damon, ne me dit rien.

Fort de lui se passe on ;

et d'Hécate aussi bien :

Pour un avortement

en tous lieux comme à Baume

Il n'est rien à docteur

muni d'un bon diplôme.

Ça, Damon, raisonnons,

mais… sans raisonner tant

Car à trop raisonner

c'est le pot qu'on te tend :

Qu'un vieux pot de consul,

qui n'eut bruit, dont le plains-je,

De Mons Diafoirus,

professeur de beau singe,

Ait cru le marcellus

du lait d'Io formé

Qu'au Capitole en pots

l'on tenait renfermé,

C'est sottise après tout

si d'indulgence on use,

Qui des raisons du temps

peut tirer son excuse

Mais de nous qui pots pleins

de choses des savants

Pour avoir le jour vu

disons dessus les bancs

Grâce à Diafoirus

pouvons porter d'emblée

De Gueule au Singe en Pal,

de Mains Écartelée

De crier qu'ici bas,

du pot des Immortels

Va tomber ton saumon

pour nos maîtres d'hôtels

Serait folie en ville

aussi bien qu'à la halle

Dite des poissonniers

en langue médicale ;

A guetter dans les airs

la chute de ton thon

Nous pourrions attraper

du bonnet de coton :

Tiens que pour ton merlan

nul de nous n'a d'envie,

Et que fort nous suffit,

avec ou sans chimie,

Saignare, purgare,

dignus est intrare,

De ses petits Purgons

et Fleurants entouré

Les uns portant son pot,

les autres son clystère

Tel qu enfin l'on le voit

aux pompes du mystère.

Fût-il plus doux tableau

pour les yeux de nos preux ?

Crois-tu que ton anchois

nous rendrait plus heureux ?

Où trouver si bon roi

fût-ce en Yvetot même ?

Et quel nous regérait

sous plus joyeux dilemme :

Ou jouer, dans mes bois,

à vous chercher les poux,

Ou venir sur mon pot

de la chambre des fous.

Parbleu ! tu feras mieux,

Poisson, de ne pas naître,

Car tu n y gagnerais

que de trouver ton maître

Au lieu de ses féaux

les singes de sa cour ;

Pour chaleureux accueil

ce qu'on nomme un bon tour.

Loin de ? offrir en pots

les présents de Cybèle

Bondirait sa guenuche

à te chercher querelle ;

Il ne te garde icy

pour lierre et pour baccar

Que des pets de Monin,

ou les vesses du lar,

De colocase point

aux doigts de son gyzante

Et Cassalus pour toi

n'empota nulle achante.

Le galant Asculaphe,

en ce plaisant pays,

Ne dort plus que la nuit

à veiller sur ses nids

Car toujours le macaque

y vient mettre la patte ;

Et Baboin a toujours

l'air d'un vrai Viriathe.

De ton berceau marin

auraient tous nos sajous

Tôt fait d'en mettre tous

en sens dessus dessous ;

Comme ils sont toujours tous

au comble d'insolence

Si sont-ils toujours tous

au comble d'impudence

Frileux au dernier point

hormis au bas du dos,

Criant, montrant les dents,

renversant tous les pots,

Se moquant de Jupin

comme du Mèlampyge,

Et Fagotin aussi

que son maître corrige.

C'est lui qui vers le pot

où sevré l'on t'aurait,

Te ferait les honneurs

de la vieille forêt,

Qui te présenterait,

en ôtant son tricorne,

D'abord à ton Grand Sire

homme des bois fort morne,

A papa Chympanzé

qui n'est beaucoup plus gai,

Enfin à l'oncle orang

qu'on dit très outangué.

Il t'accompagnerait

aux leçons du gorille

Qui n'est pas le moins fou

de toute la famille,

Et par qui bon docteur,

qui vient de ce côté,

Est en cas d'atavisme

et cas d'hérédité.

Tu pourrais au Cèbus

faire ta révérence

Que Memphis eut jadis

en grande révérence ;

Hurler chez le hurleur

comme on chante chez nous,

Pleurer chez le pleureur

comme pots sous les coups,

Être en visite au soir

chez un crépusculaire

Voir le nocturne à l'heure

où rien plus ne l'éclaire.

Avec le beau moustac

être fleur de vos pois,

Faire avec le malbrouck

force butin de noix,

Pour conclure un matin

à quelque mariage

Avecque Callitrix

guenon du vert pelage,

Mais d'y voir l'Age d'or ;

et pour mon talapoin

Les serpents lui cueillir

des marrons cuits à point ;

En bateau d'Arion

se changer la morue

Pour tous nos babions

sonnant de la tortue ;

Se mettre au pot la Sphinge

en des robes à fleurs

Sans que besoin y fut

d'aucuns pots de couleurs ;

Le sagoin en Jason

coiffer pot ou salade ;

Le trembleur, en soudard

se rendre à la parade,

Ou laisser en dormant

notre singe-lion

Quelques rats s'approcher

du Fléau d'Ilion :

C'est là ce qu'en son pot

un anchois ne voit guère

Et qu'onc ne verra-t-on

sous la loi du clystère.

Tant que Diafoirus

par Vaccin et Ricin,

Régnera sur les sœurs

du singe-capucin

Qui font laver les pots

et prennent soin des linges

Dedans Amunadab

à l hôpital des singes ;

Régnera sur le vieux,

et le jeune « ab ovo »

Sur les laids du beau monde

et les nains du nouveau,

Sur le singe tout court

ou plus long que pithèque,

Sur le bel empaillé

de sa bibliothèque,

Et celui qu'il dissèque

avant que d'être mort,

Et le Grand-Paresseux

que sans peine il endort,

Et Jocko son barbier,

marquis de la pincette

Et Monsieur de Maki

son mignon de couchette

Et son audiencier

dit la Voix-de-tambour,

Et le singe aux navets

qu'il met cuire à son four

Et les deux que l'on voit

sa seringue lui ceindre :

Chez les sages des bois

pour en un mot les peindre

Comme aussi chez les fous

pour nous peindre en un mot,

Case d'or n'aura-t-on

même pour un marmot.

Vu qu'un tel Vase aidant,

même un bonnet-de-Chine

A la selle irait bien

sans prendre médecine

Si, corbleu ! vers cet âge,

au mépris du séné,

Ses sujets s'avisaient

d'avoir le nez tourné

Vite il ferait décret

qui par lochs et pommades

Nous viendrait tous guérir

de n'être plus malades.

Eh ! Qu'importe ! Est-ce que

le plus Vase enchanté

Vaudra jamais ce Pot…

de tous courru… flatté,

Caressé du prélat,

épousseté du prince,

L'Idole de Chaillot

comme de la province.

Seul le Bouillon pointu

pour les goûts plus pointus

A toutes les vertus…,

Comme en ses prospectus…,

Et si quelque poisson

trop plus naïf y touche

Plus gros poisson que lui

de lui fermer la bouche :

Il ne croit pas à l'âme

et vient nous la soigner.

C'est le comble du soin :

qui peut s'en indigner ?

Il donne à tous péchés

des noms de maladie.

— C'est pour qu'au vol aussi

sa bonté remédie.

Au plus petit indice

il parle d'hôpital

Où l'on loge gratis

à pied et à cheval.

Tout pot persécuté

craint de l'avoir pour juge

— A tort car c'est chez lui

que l'on trouve refuge.

Tout singe s'agitant

devient son agité

— Qui vaut encore mieux

qu'être son alité.

Cependant il confond

folie avec démence

— C'est pour donner des soins

en plus grande abondance.

Mais sur nos libertés

il pousse les verroux

— Pour nous mieux prodiguer

tous ses soins les plus doux.

Vous qui filez nos jours…

C'est une rotruenge…

Vous qui filez… le nom

te semble-t-il étrange ?

Vous qui filez… Poisson,

de grâce, écoute-moi,

C'est pour avoir l'honneur

de danser devant toi.

Vous qui filez nos jours,

ô Parques filandières,

Vous les savez filer

de diverses matières

Et des fous de Bicêtre

où le flux a son cours

C'est de lin et de… hum !

que vous filez les jours.

Vous qui filez nos jours,

ô Parques filandières,

Vous savez les filer

de diverses manières

Et des fous de Bicêtre,

à tourner dans les cours,

C'est en ronds et carrés

que vous filez les jours.

Cependant qu'aux guenons,

ô Parques filandières,

Vous qui filez nos jours

de diverses manières,

Cependant qu'aux guenons

du voyage au long cours,

C'est en zig et en zag

que vous filez les jours !

Vous qui filez nos jours,

ô Parques filandières,

Si filez-vous les nuits

sous toutes les paupières

Et des fous de Bicêtre

à songer dans leurs lits

C'est de trônes dorés

que vous filez les nuits.

C'est là que d'ortolans,

ô Parques filandières,

Vous filâtes mes jours

quatre lunes plènières

Mais si que pour souper

je danse comme un ours,

Ce n'est le vermicelle

où vous filez toujours.

Nous ne tournons le vers

pour le plaisir de rire

Et les temps sont ingrats

plus qu'on ne saurait dire :

DONC, POISSON, VOLONTIERS

DES SOUS RECEVRAIT-ON

Pour festiner ce soir,

la serviette au menton,

D'une blonde Cérès

à ses cheveux réduite,

Qui s'en plaint dans le pot

devant qu'être bien cuite

Ici, sœur d'un poignard

qui ne fut guères beau,

Qui poignard se croyait

et n'était qu'un couteau.

Cependant le Magot

juché sur le pinacle

Est aujourd'hui du monde

et le pôle et l'oracle.

C'est par lui que réglés

sont tous nos bonds et sauts

Et tous leurs contenus

dosés dans tous nos pots.

Singe de Jupiter,

se grattant près du maître,

« Mortel, semble-t-il dire,

apprends à me connaître ».

Il voit tourner bien loin

la terre sous ses pieds

Et ses pots les plus grands

lui semblent encriers ;

C'est de là-haut qu'il dicte

arrêtés, ordonnances,

Décrets, commandements

et permis et défenses

Primo, défense à tous

de rire et de tousser

Quand de Diafoirus

le pot vient à passer :

Nous décrétons pour tous

l'utile obligatoire

Que chacun ait son pot

dans sa petite armoire ;

Ensuite ordre est donné

de punir du bouillon

Ceux qui feraient du fou

comme le sieur Solon

Ou feraient du muet

comme un citoyen Brute

Ou voudrait de David

imiter pied qui butte.

Quoiqu'il ait sans nul pot

accouché les esprits,

Nous tolérons au Grec

un groin des moins petits,

Idem à Jeanneton,

fille de tolérance,

Qui fit avec ses Voix

redouter notre lance.

A moins donc que d'accourre

à ton franc étrier

Sur l'ordre de Vatel

pour la sauce au laurier

Ou coiffé d'un bonnet,

symbole de sagesse,

Tirant à toi Platon

en état de grossesse,

Tu ne seras, Poisson,

chez notre maître admis

Qu'à ses sujets d'étude

et très petits amis :

Il te voudra d'abord

visiter les méninges

Et dès le premier jour

te mettra de ses singes.

Vois-le déjà venir

au bruit de ton plongeon

De ses chasses du Mans

ou sa pinche à donjon,

Entre son basset Charle

et la bassette Cice,

Te flairer longuement

chez les doms de l'office.

Heureux si tu n'en fais

d'abord en ton arroy

Qu autant qu'autre poisson

en a fait avant toi !

Heureux si tu n'en dis

plus tard en ta harangue

Qu'autant qu'autre poisson

en dauphinoise langue ;

Mais que si par lapsus

et par malentendu

Tu parlais d'une corde

où singe soit pendu…

( C'est exemple entre mille,

il est d'autre folie)

« Çà vite, dira-t-il,

qu'aussitôt l'on le lie! »

Et de chercher de ce

la cause dans le cou,

Dans le pied, dans la main,

dans le dur, dans le mou,

La tête, le poumon

et la rate et le foie,

En ce qui dans le pot

n'est pas du caca d'oie,

Voire au trou de tes vents

ou plus ou moins rieurs,

Ou bien en maladie

et trouble antérieurs :

Fièvre, congestion,

chute, coup et blessure,

Comme aussi dans bouton,

verrue, égratignure,

Que, s'il te plaît fumer,

dans les pots de tabacs,

Dans la brise de mer

si tu ne fumes pas…

Que diras-tu, Poisson,

si tu te tais, mutisme

Et, si tu veux souffler,

fâcheux paralogisme !

Et nous te coifferons

du casque de Mentor

Et nous aurons, ma foi !

le contraire de tort.

Car pourquoi viendrais-tu ?

que pour rien faire et dire.

Aussi bien qu'un magot

qui mieux que toi sait frire,

Aurait la Poule-au-pot

dessus le sien, je croi,

Appris de ce Quinaud

à bien faire du roi

Et, pourrais-je ajouter

s'il était rime à ogre,

Son neveu dit Soleil

à bien faire d'un ogre

Qui vous happe les gens

sans lettre de cachet,

Sans Monsieur d'Artagnan,

dans son fort les cache, et

De son fou de conserve

à la sauce Bastille

Déjeune tous les jours

à Sainte-Camomille ;

Ou pour crime vas-tu

(ma foi ! c'est un abus !)

De n'être pas dévot

à ce tyran en us

Qui des quatre moyens

de prendre une posture,

Qu'ont les singes reçus

d'une dame Nature :

Être debout, assis,

à genoux, et couché.

Eût le numéro trois

volontiers retranché

Pour nous ramener tous

mille siècles arrière

Au temps où l'on n'avait

d'usé que le derrière !

Et voilà notre roi

qui le veut prendre haut,

Dans son discours du trône,

après l'heure du pot,

Qui veut gouverner seul

et nous et nos épouses,

Véritable don Juan

à les rendre jalouses,

Qui les vifs réglemente

et les morts plus terreux,

N'ont congé d'être morts

qu'il n'ait pissé contre eux,

Qui règne sur nos cœurs

et sur les cataplasmes,

Qui sur nos âmes règne

et règne sur nos asthmes,

Et règne sur nos goûts

dont il sait les défauts

Et sur nos sentiments

qu'il mesure à ses pots,

Qui règne, dessus mer

aussi bien que sur terre,

Sur tous les animaux

voire sa belle-mère,

Sur tous les ouistitis

et sur les deux vieillards,

Sur les pots des métiers

et sur les pots des arts,

Sur la religion

et sur la politique,

L'éthique, l'esthétique,

et sur la statistique

Et sur et cœtera,

si qu'il ne laisse rien

Que de régner sous lui

chacun sur son maintien,

Ce qui nous semble à nous,

carpillons de rivière,

Pot au lait, pot au vin,

pot de cidre et de bière,

De miel, de fleurs, de fard,

à coler le tenon,

Et ne serait pour toi

que pot de potion.

Connais, Poisson, connais

ton maître à sa grimace,

Ne te mets en chemin

quelque beau temps qu'il fasse.

De quitter ton bocal

serait mal à propos.

Vois le fils de Thésée

à cette heure aux Échos

Qu'à Charenton demain

on mettra, j'imagine,

Car voici ce qu'hier

il a dit chez Racine :

Le dessin en est pris

je pars cher Théramène

Et quitte le séjour

de l'aimable Trézène.

Dans le doute mortel

dont je Suis agité

Je commence à rougir

de mon oisiveté.

Depuis plus de SIX Mois

éloigné de mon père,

J'ignore le destin

d'une tête si chère,

J'ignore encor les lieux… (perversion des odeurs…J'ignore encor les lieux… (perversion des odeurs…

atrophie des nerfs olfactifs…)atrophie des nerfs olfactifs…)

Que si tu t'obstinais

quand mêmes à venir

Et que, déjà réduit

à son pot lui tenir,

Tu tombasses un jour

en agoraphobie

Ou dans théomanie

ou mégalomanie,

De l'exaltation

en la dépression

Ou délire entraînant

classification,

Ou folie empruntée

au mal syphilitique,

Ou bien au mal étique,

ou bien au mal phtisique,

Ou dans folie encor

dite des cuisiniers,

Teinturiers, chaudronniers,

vitriers, plâtriers :

Tout cela se guérit

en acceptant asile,

En te mettant au pot

d'une façon civile,

En écoutant ton cul

sonner l'enterrement,

En prenant ton tombeau

philosophiquement.