La rage d'amour
Written 1883-01-01 - 1883-01-01
A Cupidon la jeune et belle Amynthe
Malgré l'hymen sacrifioit toujours ;
Son pauvre époux toujours étoit en crainte
Qu'elle ne fît de nouvelles amours.
Il ne pouvoit en siller la paupière ;
Veilles, soucis l'eurent tôt emporté.
Lui mort, Amynthe, en pleine liberté,
A son humeur donna belle carrière ;
On en jasa ; son Curé crut devoir
L'en avertir : « Vous vous perdez, Madame,
» Changez de vie, ou c'est fait de votre âme !
» ‒ Hélas ! Monsieur, je voudrois le pouvoir, »
Lui répondit la trop fringante veuve ;
« Mais plaignez-moi, tel est mon ascendant,
» Que je ne puis avoir l'esprit content,
» Si chaque mois je n'ai pratique neuve.
» Cela me vient d'un accident fatal :
» A quatorze ans d'un chien je fus mordue,
» Chien enragé. Pour prévenir le mal,
» L'avis commun fut qu'il me falloit nue
» Plonger en mer. Nue on me dépouilla.
» Honteuse alors de me voir sans chemise,
» Incontinent je portai la main là…
» Où vous savez, sans jamais lâcher prise.
» On me plongea ; mais qu'est-il arrivé ?
« C'est que mon corps, ô pudeur trop funeste !
» Partout ailleurs du mal fut préservé,
» Hors cet endroit où la rage me reste. »