La réaction

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Quelle réaction ? de quoi me parlez-vous ?… —

Des Bonapartistes en France ?…

Où donc ?… à l'hôpital des fous ?…

Non, vous dis-je ; vaine apparence !

Non ! je ne croirai pas qu'un Français, en plein jour…

Du bon sens jusque là s'écarte

Qu'il puisse rêver le retour

De la honte et de Bonaparte !

Pas même parmi ceux qui l'ont servi !… j'admets.

Leur sincérité, quoique folle !

Mais Sédan les a pour jamais

Relevés d'un serment frivole !

Quoi ! ruinés, trahis, livrés à l'étranger.

Assassinés pour ce vampire,

Nous pourrions encore songer

A replacer debout l'empire !…

Paysans, ouvriers, bourgeois, n'oubliez pas.

Que ce fléau de la patrie

A pris votre or pour ses galas.

Et vos fils pour la boucherie ! —

Je ne suis pas de ceux, je m'en accuse ici,

De qui la généreuse audace,

Quand il régnait, a pris souci

De regarder le monstre en face.

Sans être indifférent à ces mâles vertus,

Je détournais les yeux, en somme ;

Mais, pour ne pas être un Brutus,

Je n'en suis pas moins honnête homme !

Et je crois, Dieu puissant ! que, si d'un coup de main

On le ramenait dans son bouge,

Je m'envelopperais demain,

Moi-même, aux plis du drapeau rouge !…

Non ! vision ! démence oubliée aujourd'hui !

Je m'insurge contre un fantôme !

Il n'a de partisans que lui !…

Peut-être Bismark et Guillaume !

Mais un Français ?… allons, je ne crois pas cela ;

Je ne le croirai de ma vie !…—

S'il en est un, que celui-là

L'ose dire !… je l'en défie !