La Reddition de Paris

By Alexandre Ducros

Written 1867-01-01 - 1885-01-01

Ainsi donc c'en est fait et l'œuvre est accomplie !

Paris a dû courber le front !

Dites-moi, citoyens, est-elle assez remplie,

La coupe amère de l'affront ?

Paris, ta gloire est morte et ta force est brisée !

Toi qu'enviaient les nations,

Te voilà maintenant devenu leur risée,

O soleil veuf de tes rayons !

Le monde s'éclairait à ta vive lumière ;

Dans ta magnifique grandeur,

Les peuples t'exaltaient ; et voilà qu'en poussière,

Tombe ta robe de splendeur !

O Paris ! ô berceau, foyer et sanctuaire

Du Progrès poursuivant le Beau !

Du saint voile du temple on a fait un suaire,

Et de son autel, un tombeau !

O deuil ! ô sombre deuil ! — Je sanglote, je pleure !

Quels étaient donc tes assaillants ?

Pour combattre, ô Paris, jusqu'à la dernière heure,

N'avais-tu donc plus de vaillants ?…

Ils étaient là, debouts, résolus et stoïques !

Et les femmes et les enfants

Criaient : — « Plutôt mourir ! » — Tous furent héroïques ;

Ils pouvaient être triomphants !

Ils avaient fait un pacte ; ils avaient dit : — « Qu'importe

Et la famine et le danger ?

Si Paris est debout, la France n'est pas morte !

Aux armes ! chassons l'étranger ! »

Qui donc paralysa leur généreuse audace ?

Qui donc fit de leurs mains

Tomber l'arme sacrée, étouffa la menace,

Et livra Paris aux Germains ?… »