La rencontre

By Germain Nouveau

Written 1922-01-01 - 1922-01-01

Vous mîtes votre bras adroit,

Un soir d’été, sur mon bras… gauche.

J’aimerai toujours cet endroit,

Un café de la Rive-Gauche ;

Au bord de la Seine, à Paris :

Un homme y chante la Romance

Comme au temps… des lansquenets gris ;

Vous aviez emmené Clémence.

Vous portiez un chapeau très frais

Sous des nœuds vaguement orange,

Une robe à fleurs… sans apprêts,

Sans rien d’affecté ni d’étrange ;

Vous aviez un noir mantelet,

Une pèlerine, il me semble,

Vous étiez belle, et… s’il vous plaît,

Comment nous trouvions-nous ensemble ?

J’avais l’air, moi, d’un étranger ;

Je venais de la Palestine

À votre suite me ranger,

Pèlerin de ta Pèlerine.

Je m’en revenais de Sion,

Pour baiser sa frange en dentelle,

Et mettre ma dévotion

Entière à vos pieds d’Immortelle.

Nous causions, je voyais ta voix

Dorer ta lèvre avec sa crasse,

Tes coudes sur la table en bois,

Et ta taille pleine de grâce ;

J’admirais ta petite main

Semblable à quelque serre vague,

Et tes jolis doigts de gamin,

Si chics ! qu’ils se passent de bague ;

J’aimais vos yeux, où sans effroi

Battent les ailes de votre Âme,

Qui font se baisser ceux du roi

Mieux que les siens ceux d’une femme ;

Vos yeux splendidement ouverts

Dans leur majesté coutumière…

Étaient-ils bleus ? Étaient-ils verts ?

Ils m’aveuglaient de ta lumière.

Je cherchais votre soulier fin,

Mais vous rameniez votre robe

Sur ce miracle féminin,

Ton pied, ce Dieu, qui se dérobe !

Tu parlais d’un ton triomphant,

Prenant aux feintes mignardises

De tes lèvres d’amour Enfant

Les cœurs, comme des friandises,

La rue où rit ce cabaret,

Sur laquelle a pu flotter l’Arche,

Sachant que l’Ange y descendrait,

Porte le nom d’un patriarche.

Charmant cabaret de l’Amour !

Je veux un jour y peindre à fresque

Le Verre auquel je fis ma cour.

Juin, quatre-vingt-cinq, minuit… presque.