La République

By Théodore Banville

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

La République est jeune et fière

Et ne punit que les bourreaux ;

Elle marche dans la lumière.

La République est un héros

Dont le monde entier verra luire

Le front magnifique et vermeil.

Les monstres qu'elle veut détruire

A la clarté du grand soleil,

C'est d'abord toi, pâle Misère,

Qui mets ta main sur notre flanc,

Comme un aigle sa rude serre,

Et qui bois notre meilleur sang !

Et c'est toi, fantôme aux bras rouges,

Que la pensée a su flétrir

Et qui déjà croules et bouges,

Vieil Échafaud, qui vas mourir !

La République magnanime

Qui, pour sauver de leur enfer

Les peuples mourants qu'on opprime,

Trouve des canons et du fer,

Accueille les mères bénies,

Et, baissant ses yeux triomphants,

A des tendresses infinies

Pour les femmes et les enfants.

La République fraternelle,

Qui veut accomplir son mandat,

Pour garder la Ville éternelle

Se fait terrassier et soldat ;

Sous la bombe et les incendies

Elle est au poste du danger ;

Et quand de ses villes hardies

Elle aura chassé l'étranger,

Levant vers le ciel diaphane

Un clairon dans sa forte main,

Elle sonnera la diane

Pour éveiller le genre humain !