La république
By Ali-Joseph-Augustin Vial De Sabligny
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Je suis la République, un flot qui monte et gronde,
Je parle au nom du peuple, au nom du peuple roi
Mon appui, mon soutien, ma force, c'est la loi
Et ma voix doit avoir, pour seul écho, le monde !
C'est la voix du devoir, c'est la voix de l'honneur,
Elle est loyale et pure, elle est incorruptible,
Elle réclame un droit, un droit imprescriptible
Elle parle bien haut, et sans trouble et sans peur,
Cette voix jette à tous son cri d'indépendance,
Un cri qui part du cœur, un cri de liberté.
Ce cri si fier, si grand, qui veut l'égalité,
Ce cri qui des tyrans fait pâlir l'impudence.
La nuit sombre, un instant, s'est faite autour de moi
Mais je l'ai dissipée en déployant mes ailes !
Me voici, moi, déesse aux fécondes mamelles.
France ! O noble pays, France, réveille-toi !
Les feux de la raison, au milieu de l'espace,
Ont guidé mon essor, éclairé mon chemin ;
J'accomplis en venant, les ordres du Destin,
Je répands ses bienfaits et j'en marque la trace.
Autour de mon drapeau, venez tous vous unir ;
J'ai pour devise Amour, Droit, Justice, Espérance.
Liberté ! Liberté ! que ton règne commence,
J'apporte le bonheur, le salut, l'avenir.
Mon souffle tout puissant renverse l'égoïsme,
J'abolis ces deux mots, Esclavage, Douleur ;
Sous mon regard d'acier, je courbe l'imposteur
Et mon bras ; lorsqu'il frappe, atteint le despotisme.
Nous allons voir enfin grandir l'humanité,
Et des erreurs des rois se déchirer la trame
Du Progrès ici-bas, moi seule, je suis l'âme !
A moi, siècles nouveaux, temps de prospérité !
Le peuple désormais portera sa couronne ;
Il fut pendant longtemps serviteur et valet,
Mais, relevant ce front qui naguère tremblait,
Aux princes il dira : « Je suis maître et j'ordonne !
« Je ne veux plus souffrir comme par le passé
» Et, machine vivante, être encor votre dupe ;
» L'ouvrier vaut autant que celui qui l'occupe.
» L'instant de la revanche est enfin commencé,
» Il faut à nos poumons un air semblable au vôtre.
» Ne sommes-nous pas tous des frères, des amis ?
» Aux mêmes règlements que chacun soit soumis,
» Pour arriver au bien, marchons l'un près de l'autre ;
» Que le talent partout ait sa place au grand jour,
» Que le mérite seul devienne une noblesse,
» Que l'homme, par lui-même, obtienne la richesse,
» Que courage, travail, vertu trouvent leur tour.
» Allons, messieurs, tendez la main au prolétaire,
» Pour le vrai citoyen, il n'existe qu'un rang,
» Et, ce but, nous l'avons payé de notre sang,
» Malheur à qui voudrait le vaincre ou s'y soustraire ! »
Ainsi s'exprimeront les enfants des faubourgs ;
Ainsi triomphera la plus sainte des causes
Ainsi refleuriront le printemps et les roses,
Ainsi la vérité brillera pour toujours.