La respiration de l’âme

By Charles Grandsard

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Oui !'non moins que le corps, notre âme, à tous, respire ;

Il est, pour elle, un air "bienfaisant ou fatal,

Comme pour nos poumons ; et le milieu natal

Sur sa vigueur exerce un souverain empire.

Cet air s'appelle esprit, foi, grandeur, liberté,

Cet ensemble de biens dont jouit la patrie ;

C'est de ces éléments qu'est formée et pétrie

L'atmosphère de l'âme, et que vient sa santé.

Quand la patrie est grande et que sa gloire éclate,

L'âme, alors, dans son sein respire librement,

Comme, sous le dais bleu du vaste firmament,

Le poumon, dans son jeu, largement se dilate.

Mais quand du sol natal s'amoindrit l'horizon,

Quand la patrie en deuil voit sa gloire éclipsée,

L'âme se sent faiblir, et suffoque, oppressée,

Comme dans l'air épais d'une étroite prison.

Quand le pouls social s'accélère avec rage,

Dans les yeux des partis quand s'allume l'éclair,

L'âme sent le frisson électrique de l'air ;

Elle hume ce feu précurseur de l'orage.

Mais quand l'esprit du peuple a perdu sa vigueur,

Quand il n'est plus, partout, que marasme, apathie,

Elle retombe alors inerte, appesantie,

Et dans cet air malsain respire avec langueur.

Ah ! quand autour de moi l'atmosphère est chargée

De ces acres senteurs d'incendie et de sang,

Mon âme, qui voudrait un air plus nourrissant,.

S'affaisse bien souvent, triste, découragée !

Comment donc faites-vous, vous que je vois errer

L’œil vif, le teint vermeil et la lèvre fleurie ?

Ne flairez-vous donc pas le sang de la patrie ?

Ou n'auriez-vous pas d'âme à faire respirer ?…