La revanche
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Enfin !… une victoire a relevé nos armes !
Un jour heureux nous luit, après trois mois de larmes !
Les petits-fils de ceux qui furent des géants,
Dans un élan superbe, ont repris Orléans !
Emporté les canons Prussiens à l'arme blanche !…
Le sort est conjuré : voici notre revanche !
Car il ne s'agit pas seulement du salut ;
On vous l'a dit, soldats ; la revanche est le but !
La France (sans chercher d'inutiles batailles),
Ne peut faire la paix qu'après les représailles !
Peut-être est-il des gens pétris d'humanité
Dont ce mot blessera la sensibilité.
Eh ! quoi ?… Soyons Français, avant d'être sensible !
Cette guerre a rendu le pardon impossible.
Strasbourg est dépassé ! Par les crimes commis
Nous pouvons aujourd'hui juger nos ennemis.
L'histoire en fera foi, ces chenapâns infâmes
Ont brûlé dans leur lit de pauvres vieilles femmes ;
Traîné, pour essayer des supplices nouveaux,
Nos mobiles mourants aux crins de leurs chevaux ;
Précipité, broyé, pareils aux cannibales,
Des blessés dont le corps était troué de balles ;
Massacré des convois de prisonniers, au seuil
De leurs propres maisons, dans leur village en deuil ;
Dévasté, saccagé, pillé, pour leurs maîtresses,
Pour rien, par passe-temps, au gré de leurs ivresses ;
Enfin, comme auraient fait les chauffeurs d'autrefois ;
Assassiné, volé la France au coin d'un bois !…
Que voulez-vous de plus, vous qu'un mot effarouche
Mieux encore ! greffant Tartuffe sur Cartouche,
Ces braves gens, si prompts à nous dévaliser,
Ont pour but, disent-ils, de nous moraliser !
La fin rend, comme on sait, les moyens légitimes ;
Et l'on rend grâce à Dieu d'avoir béni des crimes !
Et ces brutes du Nord, sous leurs crânes épais,
En seraient aujourd'hui quittes avec la paix !…
Non ! j'en appelle à toi, Dieu, justice éternelle,
La guerre sainte après la guerre criminelle !
Les mêmes cruautés ne suivront point nos pas ;
— Les Français ont un cœur ; les Prussiens n'en ont pas, –
Mais il faut, en dépit d'une pitié vulgaire,
Sur leur propre terrain leur reporter la guerre !
Assurons l'avenir, dont l'Europe s'émeut !…
Dieu des rois !… c'est le Dieu des peuples qui le veut !