La Ronce et le Serpent

By Maurice Rollinat

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

Foisonnantes, couvant des venins séculaires

Dans ce marécageux semis d'herbe et de rocs,

Les ronces, par fouillis épais comme des blocs,

Embusquaient sourdement leurs dards triangulaires.

Ah certe ! Elles guettaient si bien l'occasion

Du Mal, si scélérate épiait leur adresse,

Que l'accrochant éclair de leurs griffes traîtresses

Fut plus subtil encor que ma précaution.

J'enrageais ! Quand mon pied heurte un serpent… la bête

Aurait pu se venger ? elle écarta la tête,

Et s'enfuit d'un train plus rampant.

Allons ! que ton humeur à présent se défronce,

Me dis-je ! — Et, j'oubliai pour un si doux serpent

La méchanceté de la ronce.