La Sagesse de l'Amour

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Avant d’être de ceux qui marchent vers la Nuit,

O toi qui fus l’enfant que sa jeunesse a fui

Et qui, grave, t’assieds déjà, debout hier,

Écoute encor, avant les fifres de l’Hiver,

Les flûtes de l’Été qui chantent dans l’Automne ;

L’heure tendre là-bas embrasse l’heure bonne,

Et, quand le chant se tait, au loin, tu peux entendre

Ce que le bel Août dit au calme Septembre

Et ce que dit ta joie à ta mélancolie.

Le fruit qui va mûrir avec sa branche plie ;

C’est de la brise, hélas ! que sort le vent farouche,

Mais la brise et le vent s’endorment bouche à bouche

Aujourd’hui et le bois est vert et le soir tombe,

Et les flûtes dans l’ombre appellent les colombes,

Et l’Été chante encor aux lèvres de l’Automne ;

Le jour sera meilleur si l’aurore fut bonne ;

Le soir est plus charmant lorsque l’âme est plus douce ;

Le sourire fait une rose de la bouche ;

La tresse dénouée est une chevelure ;

D’avoir été fontaine une eau reste plus pure.

Aime et que sur tes pas les étoiles aient lui

Quand tu seras de ceux qui marchent vers la Nuit.