La sainte marie

By Henri Vendel

Written 1945-01-01 - 1945-01-01

Quinze août. Sainte-Marie. Les cloches sonnent- elles,

ou le canon, dans mon village ? et toi, ma mère,

en cette fête qui est la tienne, fidèle

à ta coutume, es-tu partie bonne première

pour la grand'messe ? Hélas ! tu n'as reçu mes vœux

ni mes baisers, pas le moindre signe de vie !

mais quels éclatements vers les cieux furieux

te font lever des yeux que ton mouchoir essuie ?

Les chapes d'or, le pain bénit fait de brioche,

puis, sur la table, un fin rôti, des fleurs, du vin,

le calvados dans un verre en cristal de roche,

vêpres, complies, et la procession enfin…

Comme c'est loin ! Combien vont, comme toi, souffrir,

combien mourir, sans même comprendre ! La guerre

est jeu de princes. Nous, simples, devons subir

ses lois… Ne pleure pas le linge de naguère,

ni l'armoire, ni les couverts, ni la maison.

Si tu vis, tout est bien. Et vous, sainte Marie,

Vierge mère, écoutez la plaintive oraison,

car la voix est naïve et pure, qui vous prie.