La sirène

By Edmond Haraucourt

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

L’escale du bonheur fut courte : elle est passée ;

Naufragé de l’amour, je roulerais cent ans,

Crispé, vivante épave, à mes regrets flottants,

Sans voir d’île, où finir ma navrante odyssée.

Ô Mort, Sirène Mort ! Chante dans ma pensée !

Je t’aime ! Si j’osais sombrer avant le temps !

Tu sais que je suis tien, je sais que tu m’attends :

Si j’osais t’épouser ce soir, ma fiancée !

Tu m’emporterais nu dans tes bras : tendrement,

Tu laverais d’oubli le cœur de ton amant ;

Ce malheur qui fut moi rentrerait dans l’abîme.

Et tout serait fini pour toujours, bien fini ;

Et je pourrais dormir sans remords, impuni,

Dans mon premier amour et dans mon premier crime.