La Soif des Amours

By Pétrus Borel

Written 1832-01-01 - 1832-01-01

Viens, accours, fille jolie !

Viens, que j'oublie en ton sein

Le chagrin,

Qui, partout, dans cette vie,

Suit le pauvre pèlerin ;

Qu'un autre envieux de la gloire

Dans le tracas coule ses jours ;

Moi, toujours,

Riant de ce mot illusoire,

Je n'ai que la soif des amours !

Viens, accours, fille jolie !

Viens, que j'oublie en ton sein

Le chagrin,

Qui, partout, dans cette vie,

Suit le pauvre pèlerin.

Qu'un buveur, la tasse remplie,

Aux coteaux consacre ses jours ;

Moi, toujours,

Sans goût savourant l'ambroisie,

Je n'ai que la soif des amours !

Viens, accours, fille jolie !

Viens, que j'oublie en ton sein

Le chagrin,

Qui, partout, dans cette vie,

Suit le pauvre pèlerin.

Qu'un ladre accumulant sans cesse,

Sur ses trésors traîne ses jours ;

Moi, toujours,

Méprisant honneurs et richesse,

Je n'ai que la soif des amours !

Viens, accours, fille jolie !

Viens, que j'oublie en ton sein

Le chagrin,

Qui, partout, dans cette vie,

Suit le pauvre pèlerin.

Qu'un Anglais trace sur la tombe

Des vers sombres comme ses jours ;

Moi, toujours,

Sur des fleurs ma lyre retombe,

Je n'ai que la soif des amours !

Viens, accours, fille jolie !

Viens, que j'oublie en ton sein

Le chagrin,

Qui, partout, dans cette vie,

Suit le pauvre pèlerin.

Le temps éteindra sous ses ailes

Les feux ardents de mes beaux jours ;

Moi, toujours,

Je serai galant près des belles,

Je n'ai que la soif des amours !

Viens, accours, fille jolie !

Viens, que j'oublie en ton sein

Le chagrin,

Qui, partout, dans cette vie,

Suit le pauvre pèlerin.