La sulamite
Written 1801-01-01 - 1815-01-01
« O vierges de Sion ! ô mes douces compagnes !
Ne l'avez-vous pas vu descendre des montagnes,
Brillant comme un rayon de l'astre du matin ?
Dites-moi sur quel bord, vers quel sommet lointain
Ses chameaux vont paissant une herbe parfumée ?
Sont-ils sous les palmiers de la verte Idumée,
Ou sous le frais abri des rochers de Sanir ?
Mais, hélas ! si longtemps qui peut le retenir ?
Délices de mes jours ! loin de toi mon image
A-t-elle fui, pareille au mobile nuage ?
Ai-je cessé déjà d'être belle à tes yeux ?
Oh ! reviens : j'ai cueilli des fruits délicieux ;
Tout est pour toi. Reviens ; que ton bras me soutienne ;
Que ma main tendrement frémisse dans la tienne.
Versez des fleurs : je veux jusques à son retour
Reposer sur des fleurs, car je languis d'amour.
Non, non, n'espérez pas que longtemps je sommeille ;
Pour moi plus de repos : je dors, et mon cœur veille.
Mon œil appesanti, lentement soulevé,
A cherché mon amant et ne l'a point trouvé. »
Elle dit, et s'endort. Vers la plaine odorante,
Non moins prompt que le daim cherchant la biche errante,
Voilà que, l'œil ardent, accourt le bien-aimé !
Son sourire est céleste et son souffle embaumé.
« Jeunes vierges ! au nom de la biche légère,
Laissez-la reposer sur la molle fougère.
Ne la réveillez pas ! sans doute en ce moment
Un songe heureux lui peint le retour de l'amant :
Son front rougit, son sein palpite… elle s'éveille.
Épouse de mon cœur ! de ta bouche vermeille
Ma bouche a quelque temps respiré la fraîcheur :
Que ton haleine est douce, épouse de mon cœur !
Au voyageur, errant depuis l'aube naissante,
Moins douce est d'Engaddi la grappe jaunissante.
Ton corps souple est rival du jeune et beau palmier ;
Tes yeux voluptueux sont les yeux du ramier,
Et l'émail de tes dents est plus blanc que la laine
De l'agneau qu'a baigné la limpide fontaine. »
« O plaisir ineffable ! ô pur ravissement !
Que la voix de l'époux retentit doucement !
Que sa parole aimable a d'empire et de charmes !
Arrêtez-vous, mes pleurs ! Fuyez, sombres alarmes !
Fuyez, épargnez-moi, souffle des aquilons !
Je suis la fleur des champs et le lis des vallons. »
« Des autans orageux ne crains plus la furie,
Mon amante, ma sœur, ma colombe chérie !
Tés regards et ta voix enivrent ton époux ;
Car ta voix est sonore et tes regards sont doux. »
« Mon amant est pour moi l'ormeau de la colline.»
« Mon amante a l'éclat de la cité divine.
Comme un cèdre au-dessus de l'aride buisson,
Tu brilles au milieu des filles de Sion. »
« Comme l'humble arbrisseau rentre dans la bruyère
Quand le pin .jusqu'aux cieux lève sa tète altière,
Les enfants d'Israël s'abaissent devant toi.
Tes rameaux caressants se sont penchés vers moi ;
J'ai dormi sous ton ombre, et ma lèvre amoureuse
A goûté de tes fruits la fraîcheur savoureuse.
Revenez, chants d'amour ! mes lugubres concerts
N'iront plus désormais attrister nos déserts.
O vierges de Sion ! ô mes douces compagnes !
J'ai vu le bien-aimé descendre des montagnes. »