La Trêve

By Armand Renaud

Written 1881-01-01 - 1881-01-01

Claire est la nuit, limpide est l’onde.

Les astres faisant leur miroir

De la nappe large et profonde,

Y sont encor plus doux à voir.

Le paysage a, sur la rive,

Le charme et le rêve absolus.

Trop tôt quelque laideur arrive.

Rameurs, c’est bien ; ne ramez plus.

Le ciel verse la somnolence,

La terre l’aspire à longs traits ;

La brise même fait silence

Dans le feuillage des forêts.

C’est l’extase du calme étrange.

Tous les mots y sont superflus.

Le moindre murmure y dérange.

O rossignols, ne chantez plus.

L’étoile brille au bord du gouffre ;

L’onde sommeille sur l’écueil.

Je veux oublier que l’on souffre,

Reposer avant le cercueil.

Sans désir de l’heure future,

Sans regret des jours révolus,

Perds tes fièvres dans la nature,

O mon cœur, ne me bride plus !