La veillée du nègre

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Le soleil de la nuit éclaire la montagne,

Sur le sable désert faut-il encor rester ?

Doucement dans mes bras laisse-moi t’emporter ;

Bon maître, éveille-toi ! marchons vers la campagne.

Tes yeux sont clos depuis trois jours ;

Maître ! dormiras-tu toujours ?

L’orage dans son vol a brisé les platanes ;

Le navire sans voile a disparu dans l’eau ;

De ton front tout sanglant, j’ai lavé le bandeau ;

Marchons, les pauvres noirs t’ouvriront leurs cabanes.

Tes yeux sont clos depuis trois jours,

Maître ! dormiras-tu toujours ?

Je voudrais deviner ton rêve que j’ignore.

Oh ! que ce rêve est long ! finira-t-il demain ?

Demain, en t’éveillant, presseras-tu ma main ?

Oui, je t’appellerai quand j’aurai vu l’aurore.

Tes yeux sont clos depuis trois jours,

Maître ! dormiras-tu toujours ?

Mais la lueur du jour s’étend sur le rivage,

Le flot porte sans bruit la barque du pêcheur ;

Viens !… que ton front est froid ! quelle triste blancheur !

Oh ! maître ! que ta voix me rendrait de courage !

Tes yeux sont clos depuis trois jours…

Maître ! dormiras-tu toujours ?