La vendange
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
Il est tard… C'est l'instant suprême où la soirée,
Enfin soumise, étend les bras pour recevoir
L'étincelant adieu du jour. Sur la contrée
Flotte le parfum pénétrant des grands pressoirs,
Où l'élan des pieds nus se rythme au chant des grives.
Tu vendanges toujours parmi les pourpres vives…
… Je t'apporte du miel, tout embaumé de thym
Une grenade ouverte, une cruche d'eau pure,
Et tu nie dis en souriant : « J'espérais bien
Que tu viendrais ce soir, pour calmer la brûlure
Que tes mots ont faite à mon cœur… Je t'attendais
Malgré tes durs refus, malgré tes rebuffades !,»
Puis tu manges le miel et les grains de grenade
Sans parler davantage. Enfin, toujours muet
Tu te lèves et prends la cruche par les anses…
Son mince filet d'eau brille dans l'air du soir
Et puis se perd entre tes dents… Et sans pouvoir
M'en empêcher, je suis la si douce cadence
Qui te gonfle la gorge, et se glissant plus bas,
Fait battre tes côtés… Je te regarde boire…
Je vois ton cou dressé comme un thyrse d'ivoire
Où voudraient s'enrouler les pampres de mes bras…
Et toi, tu le sais bien… car tu dis : « Dans la vigne,
Cette nuit, c'est mon tour de veiller… Mon cher cœur
Quitte-moi, si tu me trouves encore indigne, »
‒ Et tu ris, d'un rire à la fois tendre et moqueur ‒
« Tu vois, j'allume un feu de sarments et de souches
Pour écarter tous les renards, jusqu'au matin ! »
Tu m'as -baisée alors des baisers de ta bouche,
Et tes amours étaient plus douces que le vin…