La Vendange

By Auguste Lacaussade

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

Les jeunes vendangeurs, les belles vendangeuses

Sur leur tête aux boucles soyeuses

Portent à pleins paniers et versent aux pressoirs

Les lourdes grappes aux grains noirs.

Les hommes foulent seuls le fruit pourpré des treilles.

Le vin jaillit ; leurs chants retentissent en chœur,

Joyeux qu'ils sont de voir dans les cuves vermeilles

Bouillonner la rouge liqueur.

Le vieillard en boit-il, regardez comme il danse

Allègre avec des pieds tremblants !

De Bacchus qui ruisselle il fête l'abondance,

Et Zéphire se joue avec ses cheveux blancs.

Le jeune homme à l'ardente ivresse

Voit sous la vigne ombreuse où, prise de sommeil,

Sur son beau flanc repose à l'abri du soleil

La vierge que son œil caresse.

Furtif, il s'approche, il la presse

D'accorder à l'amour les dons chers à l'hymen.

Vainement la vierge confuse

Résiste ; il sait ravir, aidé du Dieu du vin,

Les dons que la pudeur refuse ;

Car avec la jeunesse aux désirs orageux

Bacchus mêle souvent la licence à ses jeux.