La vieille chanson

By Fernand Fleuret

Written 1907-01-01 - 1907-01-01

Va voir à la maison ce que nous veut ma Peine

Et chante lui sans rime à son mal sans raison.

Servante au nom de fleur du temps des marjolaines.

Vieille comme l'église et le seuil des maisons !

C'est une enfant gâtée et que rien ne captive.

Qui se ride à l'ennui, comme au vent le bassin ;

Mets en fait de silence et de langueur passive

Ta voix, comme un grelot obsesseur et taquin.

Tu chanteras les fleurs qu'au matin tu arroses

Et qui ont des habits d'anciens hobereaux,

Pour que, blessée au charme adorable des roses.

Elle pense saigner en des siècles royaux.

Pour qu'elle croie baller, à bonds et à volée,

Avec ses sœurs, au fond d'un village d'antan,

— Avec ses sœurs, qui sont à la terre mêlées.

Au fond d'un hameau ruiné depuis longtemps ;

Pour qu'elle croie aimer un trompette de guerre,

Qui écrit sur un tambour dans les Pays-Bas ;

Pour qu'elle songe à ceux qu'on a portés en terre

Et qui passent leur mort à écouter nos pas ;

Pour qu'elle se croie là confidente et compagne

De la servante, dont l'amant fut un roulier

Qui fouettait le silence énorme des campagnes.

Mais qui avait le cœur fleuri comme un rosier…

Pour qu'elle hume, enfin, les syrtes souvenues.

Dans ton présent de pauvre, aux quatre coins noué,

Et palpe une tiédeur à l'étroit, qui remue

Comme un grand oiseau gris que tu aurais donné.